Face à l’échec, il y a ceux qui se jugent indignes de l’épreuve, et ceux qui jugent l’épreuve indigne d’eux. Dans sa chronique, Abigail Assor repense à une jeune femme qui, croisée au fil des années, lui a appris que les seconds ne sont pas toujours les plus solides.
Il y a cette jeune femme que j’ai croisée souvent, ces dix dernières années. À des fêtes de famille ou parfois par hasard, là, dans un restaurant, je la salue, je lui demande comment elle va. Elle est beaucoup plus jeune que moi. Je l’ai vue traverser les affres de l’adolescence, terminer le lycée, tomber amoureuse une fois ou deux, en tirer un chagrin terrassant, se relever, sécher les cours, s’inventer de nouveaux rêves, échouer – bref, les étapes inévitables du passage à l’âge adulte. Je me suis identifiée à elle. Ou plutôt, je l’ai identifiée à moi. Je croyais bêtement que, parce que ces années précises de la vie tendent à offrir à beaucoup le même kit de démarrage, je pouvais la comprendre.
Mais à mesure que les années passaient, je lui découvrais un tempérament très différent du mien. Sa confiance en elle me soufflait. Les peines de cœur la faisaient pleurer, mais jamais douter d’elle-même. Les défaites n’entamaient en rien son ambition et sa foi en l’avenir. Elle se réveillait sûre d’elle, et se couchait avec la même confiance. J’ai pensé qu’elle devait traverser ces années avec bien plus de facilité que moi, et que je n’avais rien à lui apprendre.
Sans l’ombre d’un doute
Je me souviens de la première fois où j’ai douté. Non pas de la vérité de sa position – son assurance n’était pas feinte, elle ne faisait pas semblant –, mais de sa nature. C’était à la suite de l’échec à un test psychométrique, le genre d’examen qui mesure les capacités cognitives et qui peut ouvrir la porte à des........
