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Retour sur 2025

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12.02.2026

Il y a un peu plus d’un mois, nous sommes sortis de l’année 2025 et, en même temps, du premier quart du XXIe siècle. Le monde est criblé de conflits meurtriers, dont les deux plus emblématiques sont l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine et la destruction systématique du peuple palestinien et de son territoire par l’État d’Israël, sans oublier les guerres civiles au Soudan, en Éthiopie, au Yémen, en R.D. du Congo, la régression des droits des femmes en Afghanistan et l’atroce répression en Iran. Les rapports de force internationaux sont chamboulés par l’affrontement entre les plus grandes puissances économiques et militaires, les États-Unis et la Chine, et celle qui voudrait bien être à leur hauteur, la Russie.

Le basculement géopolitique se produit au moment où l’édifice démocratique est lui-même ébranlé par la montée des mouvements d’extrême droite arrivant au pouvoir ou s’approchant de celui-ci. Il s’ensuit un affaiblissement général des régulations internationales fonctionnant jusqu’alors tant bien que mal, notamment celles concernant le changement du climat et le système monétaire. Les plaques tectoniques bougent sous l’effet conjugué de forces qui sont à la fois techno-économiques et socio-culturelles. Ces forces prennent des formes variables selon les pays et les régions du monde, mais, au-delà de leur diversité, il faut repérer ce qui leur donne une dimension systémique et structurelle.

Le petit bout de la lorgnette

Commençons par examiner le lieu commun de la plupart des discours économiques et politiques. Le cas de la France est particulièrement éclairant. Elle a connu en 2025 un taux de croissance économique de 0,9 %. Le gouvernement français se réjouit de cet exploit qui, naguère, serait passé pour un désastre. La productivité du travail, lit-on, « se redresse » depuis 2024 et 2025 et le redressement « devrait se prolonger en 2026 »[1]. Or elle n’a fait que retrouver le niveau de 2019 avant la pandémie. Le plein emploi que Macron devait attendre à la fin de son second mandat ne sera jamais atteint. Le taux de chômage avoisine de nouveau 8 %. Et sa lente décrue de 2012 à 2022 n’était due qu’à la création d’emplois précaires et mal payés et à l’aide à l’apprentissage qui permettait aux jeunes d’avoir un emploi déguisé.

La plupart des commentateurs, et le gouvernement lui-même, répètent inlassablement que la faiblesse, pourtant chronique, de la progression de la productivité du travail, serait due à l’instabilité politique née de la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 et du résultat des élections législatives suivantes. C’est vraiment regarder la situation par le petit bout de la lorgnette. C’est ne pas comprendre quelles sont les évolutions fondamentales du capitalisme en France, en Europe et dans le monde. Il suffirait de regarder ce qui se déroule en Allemagne pour ouvrir les yeux. Ce pays, présenté jusqu’ici comme le modèle envié, est dans l’impasse. Son modèle exportateur s’effondre dans les secteurs clés qui avaient fait sa force. En 2023 et 2024, son taux de croissance était négatif ; en 2025, il n’était que de 0,2 %[2].

Penser que nous sommes en face d’une crise conjoncturelle, c’est ignorer les transformations profondes du capitalisme qui ont structuré le dernier quart du XXe siècle et le premier quart de celui-ci. On lira avec intérêt l’analyse de Michael Roberts sur l’économie américaine qui confirme l’écart entre « dépenses colossales [d’investissements] et gains de productivité très incertains » ; les premières connaissant une évolution exponentielle depuis 20 ans, pendant que, « sans la technologie, l’économie américaine serait proche de la récession » et que le déficit commercial en biens et services s’est dégradé de 31 % pendant les sept premiers mois de 2025, comparativement à la période analogue de 2024. Hormis les très grandes entreprises, « dans l’ensemble, le secteur des entreprises non financières étatsuniennes commence à voir la croissance de ses bénéfices s’estomper. », ce qui conduit l’auteur à conclure à un « épuisement du modèle » [3].

La trame de la crise capitaliste

La trame des convulsions que traverse le capitalisme actuel est la crise d’un mode de production qui voit se rapprocher à grands pas les limites de son expansion qu’il voulait infinie[4]. Quand le travail prolétaire est malmené et quand s’étend la difficulté à utiliser les ressources naturelles menacées d’épuisement ou de dégradation irréversible, le résultat est un effondrement en cinquante ans de la progression de la productivité du........

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