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L’armée dans la tenaille des contraintes budgétaires

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19.07.2017

La démission du général de Villiers est révélatrice des tensions qui agitent depuis plusieurs années une armée engagée dans de nombreuses opérations mais soumise aux contraintes budgétaires.

Au-delà de cet épisode, Emmanuel Macron va devoir faire des choix sur le modèle d’armée dont a besoin la France.

Emmanuel Macron lors de sa visite auprès des troupes engagées dans l’opération Barkhane, au Mali, en mai 2017. / Christophe Petit Tesson/Afp

Le geste est fort. La démission d’un chef d’état-major des armées est une première dans l’histoire de la Ve République. « C’est la crise politico-militaire la plus importante depuis le putsch des généraux en Algérie en 1961 », affirme le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’école de guerre et professeur à Sciences-Po.

Après le recadrage du chef de l’État, qui lui a reproché d’avoir critiqué la baisse de 850 millions d’euros du budget des armées pour 2017, la situation était difficilement tenable pour Pierre de Villiers. « Il a intelligemment pris les devants avant d’être viré », commente un militaire. Pour l’Élysée, cette démission « correspond à la logique institutionnelle » car « il ne peut pas y avoir de désaccord public entre le chef d’état-major des armées et le chef de l’État ».

La portée de ce geste va bien au-delà. « On ne peut pas dire qu’il s’agit d’une petite crise. Cette démission fait suite à une manifestation d’autorité très discutable du chef de l’État et intervient en début de mandat, alors qu’il y a un souci de permanence du bon fonctionnement de l’administration et qui plus est de l’armée », analyse Bénédicte Chéron, historienne des relations entre les armées et la société.

Pierre de Villiers tient ainsi à manifester la crise de confiance qui affecte désormais les relations entre l’état-major et l’exécutif. « Je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français » écrit-il dans son communiqué. « Il ne s’agit pas seulement des 850 millions, poursuit Bénédicte Chéron. Mais d’un problème général d’adéquation entre les ambitions affichées par les gouvernements successifs et les moyens accordés à l’armée. »

Si François Hollande a stoppé, après les attentats, la déflation des effectifs et si Emmanuel Macron a promis de porter le budget à 2 % du PIB d’ici à 2025, le gel des 850 millions n’augure pas, selon les militaires, d’une volonté politique forte dans ce domaine. Le budget pour 2018 permettra de « protéger le pays », s’est contenté d’affirmer Emmanuel Macron lors du conseil des ministres.

Le budget de la défense s’est retrouvé pris dans l’étau financier, enserré entre la volonté réaffirmée d’Emmanuel Macron de ramener le déficit sous la barre dès 3 % du PIB et le dérapage en cours, pointé dans le rapport de la Cour des comptes. Décidé à trouver 4,5 milliards d’euros d’économies pour tenir ses engagements européens, le gouvernement a décidé toute une série d’annulations de crédits, dont 850 millions d’euros sur le budget des armées. Soit 20 % de l’effort total pour un ministère pesant moins de 10 % du budget de l’État.

Comme souvent lorsque sonne l’alarme budgétaire, la tentation de couper dans les crédits de la défense s’est imposée. Le budget des armées comporte en effet des particularités qui........

© La Croix