Les Canadiennes ne dominent pas

« Et puis Pat, le Canada en finale. Qu’est-ce que tu as pensé du tournoi olympique des filles? Parce qu’à part contre les Américaines, ça a super bien été, j’trouve! »

Lui, c’est Mathieu, 41 ans. C’est le commis à la station d’essence pas loin de chez moi. Il sait que je travaille dans les médias et que je suis le hockey féminin.

«Ouin, comment j’te dirais ben ça? C’est plus compliqué que ça Math. Elles ne m’ont pas impressionné. Tu liras ma chronique demain.»

Parce que oui, en surface, le Canada a gagné tous ses matchs sauf celui face aux États-Unis.

Le Canada a marqué 21 buts et n’en a accordé que trois, si on exclut toujours le match face aux Américaines.

Et, ce sont 201 tirs contre 61, si on fait comme si le match contre nos voisines du sud n’avait jamais existé.

Alors je le comprends, Mathieu... Mais, c’est quand on creuse un peu plus que ça devient moins le fun.

Oublions à quel point les Américaines sont fortes un instant et parlons seulement du Canada.

Pas de constance chez le Canada

Le Canada n’a pas encore connu un match dans ce tournoi où il a dominé pendant trois périodes.

Ça a été difficile contre la Tchéquie après la blessure à Marie-Philip Poulin. L’équipe n’a tiré que trois fois en troisième période contre la Finlande. Le match contre l’Allemagne a fort probablement été le pire du Canada à ces Jeux. Et même si la troupe de Troy Ryan a connu sa meilleure période du tournoi face à la Suisse, la deuxième, elle a connu une troisième période tellement difficile que je me demande bien ce qui serait arrivé si la Suisse n’avait pas obtenu une pénalité en fin de match.

Battre la Suisse 2 à 1, c’est non seulement le plus petit nombre de buts marqués et le plus petit écart contre le pays helvétique, c’est une contre-performance.

Je veux bien comprendre que la Suisse s’est améliorée et que ce n’est plus la même équipe que le Canada a battue 12 à 1 et 10 à 3 il y a quatre ans. En même temps, l’écart entre les deux ne devrait pas être d’un seul but. Une victoire de 2 à 1 contre la Suisse, c’est honteux!

Des chances manquées, en veux-tu? En v’là!

Contre l’Allemagne, si la gardienne de la Victoire de Montréal, Sandra Abstreiter, ne donne pas deux cadeaux au Canada, le match se serait aussi terminé 2 à 1.

Et même si certaines gardiennes ont donné du fil à retordre aux Canadiennes, ces dernières doivent aussi se regarder dans le miroir. Parce que des chances manquées dans ce tournoi, elles ont en eues.

Brianne Jenner et Natalie Spooner à deux contre la gardienne sans marquer. Ella Shelton qui manque le filet par deux pieds. Sarah Fillier qui le manque par un pied. Et que dire de Blayre Turnbull qui par deux fois n’a pas été capable de marquer en échappée.

Poulin ne veut pas un record, elle veut l’or

Pour la première fois du tournoi, Troy Ryan a coupé son banc lundi et c’est une bonne nouvelle pour le Canada. Jocelyne Larocque n’a joué que 14 minutes. Kati Tabin, à peine trois minutes. D’ailleurs, elle ne casse rien aux Olympiques, Tabin. Et pour leur part, Jennifer Gardiner et Natalie Spooner n’ont joué que cinq minutes chacune.

L’autre bonne nouvelle, c’est Marie-Philip Poulin.

Cette dernière a pris la voiturette avant le match pour se rendre à la patinoire question d’éviter de marcher sur son mauvais genou. Et malgré ça, elle a marqué les deux buts des siennes, battant du même coup un record qu’elle se fout éperdument en ce moment.

Elle ne veut rien savoir d’être la meilleure buteuse de tous les temps aux Olympiques.

Elle veut une médaille d’or. Rien d’autre.

Beaucoup de « si » pour gagner la finale

Rien ne sera facile pour la capitaine et son équipe face aux États-Unis et c’est pour cette raison qu’il faut faire comme Jean-Marc Léger et étudier les tendances.

Et la tendance est la suivante chez les Américaines.

On commence le match lentement. On brise les reins de nos adversaires en deuxième période. Et on relaxe un peu plus en troisième. Elles n’ont d’ailleurs marqué que sept buts en première période et six en troisième, comparativement à18 buts en deuxième.

On ferme le jeu en première. On l’ouvre solidement en deuxième. Et on en prend et on en laisse en troisième. À ce sujet, elles ont accordé 21 tris en première, 41 en deuxième et 33 en troisième dans ce tournoi.

De leur côté, les Italiennes et leur personnel d’entraîneurs mené par Éric Bouchard ont démontré que si tu tentes de déranger les Américaines, de les énerver, ça peut fonctionner jusqu’à une certaine limite. Ce n’est pas normal pour les États-Unis de gagner uniquement 6 à 0 contre l’Italie et de ne marquer aucun but en cinq avantages numériques. La Suède a aussi tenté de jouer de cette façon.

Alors, récapitulons :

Si le Canada arrive à énerver les Américaines;

Si Marie-Philip Poulin fait des miracles;

Si Ann-Renée Desbiens peut compter sur une défensive étanche;

Si Desbiens joue le match de sa vie;

Si les attaquantes ne manquent pas leurs chances;

Si Troy Ryan coupe son banc et s’ajuste en cours de match;

Si le Canada peut percer la muraille Frankel

Si les Canadiennes peuvent marquer tôt en première

Si elles peuvent contenir les Américaines en deuxième;

Le Canada pourrait, je dis bien pourrait, remporter l’or!

Mais comme disait ma grand-mère, avec des si on va à Paris. Et la France, c’est dans quatre ans, alors que les Américaines défendront leur titre olympique gagné à Milan.


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