50 buts dans vos dents

On pourrait faire une publicité de dentifrice avec toutes les dents que ce 50e but de Cole Caufield implique.

D’abord, pour les belles dents blanches que l’attaquant exhibait avec son immense sourire sur l’écran géant du Centre Bell.

Mais aussi parce que son exploit, c’est dans les dents de tellement de monde.

Je suis allé revoir des rapports de recrutement datant de son repêchage en 2019. Disons que Caufield aurait aujourd’hui toutes les raisons d’avoir une dent contre certains recruteurs.

Je vous rappelle qu’il a été repêché au 15e rang, même après avoir égalé un record d’Alex Ovechkin au Championnat mondial des moins de 18 ans. Même après avoir marqué, avec le programme de développement américain, plus de buts que Auston Matthews, Phil Kessel, Jack Eichel ou Dylan Larkin.

En passant, preuve qu’il avait les dents longues : il est aujourd’hui le meilleur buteur de sa cuvée et le troisième meilleur pointeur.

Bref, en 2019, plusieurs considéraient Caufield comme un risque et pensaient qu’il serait utopique qu’il puisse être une exception de petite taille comme Alex Debrincat.

« Il est capable de suivre le jeu, mais il lui manque l’explosivité et l’agilité sur lesquelles les joueurs de son gabarit s’appuient souvent. »

« La vie est plutôt facile quand tu joues avec trois gars parmi les meilleurs au monde pour te donner la rondelle, comme Trevor Zegras, Matthew Boldy et Jack Hughes. »

« Je crois qu’il sera capable de marquer dans la LNH, mais penser qu’il peut marquer 40 buts sur une base constante, c’est ridicule. »

« Il ne sera pas vraiment capable de transporter la rondelle et de l’amener en zone offensive. Ce n’est pas quelqu’un qui peut créer des chances de marquer par lui-même. »

Ça a vieilli un peu mal.

Caufield s’avère être non seulement un marqueur d’élite, mais aussi un fabricant de jeu, un excellent passeur et un attaquant capable de transporter et de contrôler la rondelle.

Si certains lui reprochaient son manque d’explosivité ou d’agilité avant son repêchage, c’est clairement qu’ils faisaient la file pour le popcorn au lieu de le regarder jouer.

Bref, ce but-là, c’est dans les dents de beaucoup de monde.

Et je suis désolé si vous êtes tannés d’entendre parler de sa taille, mais pour moi, c’est impossible de dissocier cet exploit de ce qu’il représente.

Surtout que je suis le porte-parole autoproclamé des hockeyeurs de moins de 5 pieds 8.

J’étais d’ailleurs au Centre Bell, sur la galerie de presse, pour assister à tout ça. Moi-même, à 5 pieds 8, je dois me pencher et me mettre sur le bout des pieds, sinon je ne vois que la moitié de la glace.

Alors, imaginez à quel point il faut être bon pour ne pas se casser les dents, soir après soir, à 5 pieds 8 pouces.

Imaginez à quel point il doit être difficile de protéger la rondelle contre un défenseur de 6 pieds 5.

Imaginez la force physique qu’il faut pour décocher un tir aussi puissant qu’un joueur qui manie un bâton qui est presque un pied plus long que le vôtre.

C’est une catapulte, cette affaire-là. Plus c’est long, plus ça part vite.

Dans toute l’histoire de la LNH, seulement 102 joueurs ont marqué 50 buts.

Parmi eux, il n’y en a que trois qui mesuraient 5 pieds 8 pouces ou moins : Theo Fleury, Dennis Maruk et le numéro 13 du Canadien.

Il y a de ça aussi dans cet accomplissement.

Comme parent, on ne peut plus dire à notre enfant qu’il est trop petit s’il rêve de jouer dans la LNH.

Ce n’est pas du romantisme.

Il ne faut jamais sous-estimer la puissance d’un modèle comme Caufield.

Il y a une méchante gang de dinosaures du hockey qui ont eu l’air fous avec ses succès.

Heureusement, Marc Bergevin et Trevor Timmins n’en faisaient pas partie lorsqu’ils sont montés sur le podium en 2019.

Je n’ose même pas imaginer le scénario inverse : le Canadien repêche plutôt le joueur choisi juste après, Alex Newhook, et Cole Caufield glisse au 16e rang jusqu’à l’Avalanche, qui serait encore plus armée jusqu’aux dents.


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