40 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, l’insaisissable responsabilité |
Le 26 avril 1986, la centrale nucléaire de Tchernobyl bascule dans l’histoire. Qui est responsable de la catastrophe, la plus grave de l’histoire du nucléaire civil ? L’examen de la chaîne de responsabilités est complexe, entre défauts techniques et organisationnels et gouvernance politique partagée entre deux ministères. La catastrophe témoigne aussi d’une culture de la sûreté nucléaire bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui en occident.
Il y a 40 ans, à 1h23 du matin, le 26 avril 1986, le réacteur N°4 de la centrale nucléaire Vladimir Ilitch Lénine, située à Tchernobyl, en actuelle Ukraine, explose. Cet évènement représente la catastrophe nucléaire la plus grave de l’histoire nucléaire soviétique et mondiale.
L’accident se produit au cours d’un test de sécurité de l’unité n°4 de la centrale, qui s’emballe alors à plus de 100 fois sa puissance nominale, conduisant à la fusion du cœur du réacteur puis à l’explosion de celui-ci. En cause, une série de défaillances humaines et techniques. La catastrophe prend de court toutes les autorités soviétiques par son ampleur. Après avoir, dans un premier temps, minimisé la gravité de l’accident, celles-ci sont rapidement confrontées à la réalité du désastre.
À ce moment précis, il n’est pas certain que les dirigeants aient pleinement conscience de toutes les conséquences de l’accident. Mais les défauts du complexe nucléaire soviétique, tant en matière de conception que de procédures, étaient connus, en tout cas par certains dirigeants et scientifiques.
Peut-on retracer la chaîne des responsabilités ayant conduit à l’accident ? L’exercice est périlleux : la responsabilité de l’accident repose sur un concours de circonstances, permis par les failles d’un système technique et organisationnel très différent de celui qui structure aujourd’hui la sûreté nucléaire en Europe.
La technologie RBMK, instable par conception
La construction de la centrale nucléaire Lénine à Tchernobyl débute en 1970. Elle aboutit à la mise en service de quatre réacteurs entre 1978 et 1984. En 1986, année de la catastrophe, un cinquième réacteur est encore en cours de construction depuis 1981. La centrale est située dans le nord de l’Ukraine proche de Kiev et de la frontière avec la Biélorussie. Son refroidissement par eau est assuré par la rivière Pripiat, un affluent du Dniepr qui se jette dans la mer Noire.
Les réacteurs de la centrale sont de type RBMK (pour Reaktor Bolshoy Moshchnosti Kanalnyi, soit réacteur de grande puissance à tubes de force, en français) comme environ la moitié du parc nucléaire soviétique à cette période. Il s’agit d’un réacteur refroidi à l’eau et modéré au graphite.
Cette technologie, propre à l’Union soviétique, dispose d’avantages, notamment en termes de maintenance et d’approvisionnement en isotopes, puisqu’il permet de produire du plutonium, utile dans le cadre d’un programme nucléaire militaire. Mais sa conception le rend instable.
En effet, le réacteur RBMK est conçu en faisant appel à un coefficient de vide positif. Il permet de caractériser l’évolution de la réactivité dans le cœur en cas de........