Le prédateur et les proies : ce que l’étude des animaux nous apprend sur les climats toxiques au travail |
Les tensions interpersonnelles entre collègues ont un coût important pour les entreprises : elles grugent la concentration, minent la collaboration et détournent une partie massive de l’énergie mentale vers la défense plutôt que vers le travail. Les écologistes ont observé comment les animaux gèrent la peur, la menace et la cohabitation avec les prédateurs dans un écosystème. Ils ont ainsi mis au jour des mécanismes surprenants qui éclairent nos propres réactions au sein des équipes de travail.
Dans la nature, un constat surprenant s’est imposé : les prédateurs contrôlent la population des proies non seulement en les mangeant, mais par la peur qu’ils instaurent. En effet, cette peur chronique force les proies à investir une quantité immense d’énergie dans la vigilance et l’évitement, plutôt que dans l’alimentation ou la reproduction. Autrement dit, ce n’est pas la prédation elle-même qui limite la croissance des proies, mais l’anticipation constante de ce qui pourrait leur arriver.
Un phénomène très similaire apparaît dans les groupes humains confrontés à de l’incivilité chronique. Lorsqu’un membre du groupe adopte parfois des comportements agressifs, les collègues vivent dans un climat d’incertitude relationnelle. Leur cerveau interprète celle-ci comme un risque social potentiel. L’énergie du groupe se détourne alors du travail vers la protection. Ce n’est donc pas tant le conflit qui épuise une équipe, mais l’énergie qu’elle dépense à l’anticiper et à l’éviter.
Les stratégies des proies
Les proies utilisent trois stratégies pour survivre à cette pression, que l’on retrouve aussi dans les groupes humains.
La première consiste à synchroniser leurs comportements avec le danger. Si le prédateur est actif à certaines heures ou dans certains lieux, les proies ajustent leurs déplacements et leurs activités. En milieu de travail, on observe des adaptations........