Yémen–Somalie : l’inquiétante coopération entre ennemis idéologiques menace le commerce mondial

Dans une région stratégique pour le commerce mondial, des ennemis idéologiques pourraient aujourd’hui coopérer. Les insurgés houthistes du Yémen et le groupe somalien Al-Chabab, branche d’Al-Qaida la plus puissante au monde, échangeraient des ressources logistiques et militaires selon plusieurs rapports de l’ONU et du renseignement étatsunien, sans qu’il soit toutefois question d’une alliance formelle.

Ces échanges concernent notamment des technologies militaires, dont des drones, qui pourraient accroître la capacité d’Al-Chabab à opérer bien au-delà du territoire somalien, dans une zone déjà marquée par de fortes tensions sécuritaires.

Le mouvement Ansar Allah (dont les partisans sont les « Houthistes ») contrôle une partie du nord du Yémen et dispose de capacités militaires lui permettant de perturber la navigation en mer Rouge. Al-Chabab, de son côté, contrôle de larges portions du territoire somalien et mène une insurrection armée contre le gouvernement central.

Dans le cadre de mes recherches doctorales en science politique à l’Université de Montréal, j’ai été amené à m’intéresser aux questions de sécurité dans la Corne de l’Afrique, et plus largement dans le bassin de la mer Rouge, qui constitue l’une des principales routes du commerce mondial entre l’Asie et l’Europe via le canal de Suez.

Des liens opportunistes

Les premières mentions d’une coopération entre les deux groupes remontent à 2024. Le panel d’experts sur le Yémen de l’ONU est le premier à avoir alerté sur un trafic d’armes en expansion entre les côtes somaliennes et yéménites, toutes deux en proie à des conflits depuis 1991 et 2014 respectivement. Ce même panel s’est aussi inquiété d’une coopération........

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