En couple, engueulez-vous: une relation amoureuse saine passe aussi par le conflit |
En couple, engueulez-vous: une relation amoureuse saine passe aussi par le conflit
Sarah Gundle – Traduit par Bérengère Viennot – Édité par Émile Vaizand – 28 février 2026 à 9h00
Intention, honnêteté, autoflagellation, compromis, dispute. Psychologue et thérapeute de couple à New York, Sarah Gundle déconstruit cinq mythes pour surmonter les difficultés et apprendre à mieux communiquer entre partenaires.
Temps de lecture: 7 minutes
Vingt-cinq années de pratique de la thérapie conjugale m'ont permis de constater que la plupart des conseils dispensés sur les relations de couple sont à la fois flous et incorrects. «Quand on est avec la bonne personne, ça va tout seul» (faux). «Il ne faut jamais aller se coucher en étant encore en colère» (encore faux). Les conseils conjugaux sont souvent focalisés sur l'idée qu'il ne faut pas se fâcher, concept qui, en théorie, paraît plutôt positif. En réalité, cet objectif nous pousse à achopper sans cesse sur les mêmes écueils, tout en nous demandant pourquoi nous nous disputons toujours pour la même chose; pourquoi notre partenaire ne nous comprend pas ou pourquoi nous nous sentons seul·e.
Quand on commence une nouvelle relation ou que l'on se demande s'il faut poursuivre celle dans laquelle on est déjà engagé, on est obsédé par l'idée d'alignement: est-ce qu'on veut les mêmes choses, est-ce qu'on a les mêmes préférences de style de vie, est-ce qu'on partage les mêmes valeurs? Or, être persuadé·e que la compatibilité est le maître-mot masque ce qui est vraiment important dans une relation: la capacité à communiquer.
La bonne nouvelle c'est qu'à peu près n'importe qui peut apprendre à communiquer. Les couples qui réussissent le mieux ne se fuient pas quand les choses se gâtent et travaillent à surmonter leurs différences. Parfois, c'est chez le psy. Mais ça peut être sur le canapé du salon.
Pour vous aider à trouver cet équilibre, je décortique cinq mythes qui sont autant de pièges dans lesquels j'ai vu tomber les couples au fil des années. Je vous explique pourquoi ils nuisent à votre relation et comment mieux s'en sortir en fonçant droit sur la difficulté, plutôt que de tenter de l'éviter.
Mythe n°1: c'est l'intention qui compte, pas l'impact
On nous a toujours dit que lorsque notre partenaire nous blesse, mais qu'il ou elle précise tout de suite que «ce n'était pas [son] intention», alors il faut passer à autre chose. Mais voilà ce que cette phrase veut souvent dire: «Ce que tu ressens n'est pas légitime et ta perception n'est pas la bonne.»
C'est une des dynamiques les plus corrosives dans les relations, car elle rend quasiment impossible la résolution des problèmes. Chaque tentative de discuter d'un sujet devient un métadébat sur la légitimité du sujet en question. Chacun sort des preuves en rapport avec le ton, le choix des mots, le moment, le passif. Comme si pour être reconnue, une émotion devait d'abord gagner un concours. Mais on ne peut pas simplement balancer un sentiment par la fenêtre à cause d'un détail technique.
En étant capable d'entendre un retour sur notre impact sans nous mettre sur la défensive, nous créons un espace où il sera réellement possible de nous réparer.
Une relation a besoin d'une reconnaissance qui ne suscite pas d'attitude défensive. Nul besoin d'être d'accord avec votre partenaire ou de comprendre pourquoi il ou elle est blessé·e pour y parvenir. Cela peut être aussi simple que de dire: «Je vois à quel point cela te blesse.» Ou: «Je ne m'en étais pas rendu compte, explique-moi.» Ou simplement: «Je conçois ton point de vue.»
Essayez une de ces trois phrases la prochaine fois que vous direz ou que vous ferez quelque chose qui blesse votre partenaire, même si cela vous paraît bizarre, compliqué ou injuste. En étant capable d'entendre un retour sur notre impact sans nous mettre sur la défensive, nous créons un espace où il sera réellement possible de nous réparer. Ce type de connexion est bénéfique pour les deux partenaires.
Mythe n°2: l'honnêteté émotionnelle est toujours une vertu
Parfois, pendant la thérapie, un des deux partenaires essaie de justifier ses remarques blessantes en ajoutant: «Je suis honnête, c'est tout.» Comme si c'était un blanc-seing permettant de proférer des paroles cruelles. Nombre d'entre nous associent vérité et vertu. Mais en réalité, si dire tout ce qu'on a sur le cœur peut faire du bien, trop d'honnêteté peut nuire à la relation.
Faire part de ses sentiments est une bonne chose, mais faire les comptes, accumuler les comparaisons et les griefs, non. Être submergé par la colère ne vous donne pas le droit d'éviscérer votre partenaire, tout comme être blessé ne justifie pas de dire des paroles qui font mal. Vos sentiments n'en sont pas moins valides, mais vous êtes responsable de ce que vous dites et de ce que vous faites en retour.
Une relation a besoin de régulation émotionnelle en situation de stress. Essayez: «Je me sens submergé·e quand je rentre à la maison et que l'évier déborde de vaisselle sale. On peut chercher une solution ensemble?», plutôt que «la propreté n'a jamais été ton truc, depuis le début de notre relation!»
Mythe n°3: s'autoflageller, c'est assumer
Beaucoup d'entre nous s'effondrent de honte lorsqu'ils se retrouvent confrontés au mal qu'ils ont fait: «Je suis la pire personne au monde, tu ferais mieux de me quitter!» On peut avoir l'impression que le reproche vous va vraiment, vraiment droit au cœur. Mais partir en vrille dans une spirale de honte n'est pas la même chose qu'assumer ses actes. En réalité, vous servez là vos propres intérêts.
En ayant recours à une contrition ostentatoire, nous déplaçons le problème de notre comportement à notre sentiment de culpabilité. Et le plus insidieux, c'est que nous transformons une occasion de vraiment réfléchir et de grandir en un moment où notre partenaire doit s'occuper de nous.
Il nous arrive à tous de blesser notre partenaire. La question, c'est: êtes-vous capable de vraiment réfléchir et d'assumer votre impact, de faire en sorte de réellement réparer la relation?
Ce dont a vraiment besoin la relation, c'est que l'on assume ses actes sans s'autoflageller. Quelque chose comme: «J'entends ce que tu me dis. J'ai merdé. J'aimerais qu'on parle pour savoir comment je pourrais mieux faire.» Cela peut passer par cette question: «Qu'attends-tu de moi?» et ensuite tenter de changer, plutôt que de simplement s'excuser et passer à autre chose.
Il nous arrive à tous de blesser notre partenaire. La question, c'est: êtes-vous capable de vraiment réfléchir et d'assumer votre impact, de faire en sorte de réellement réparer la relation? Si ce n'est pas le cas, non seulement la confiance en sortira amoindrie, mais il n'y a aucune raison de penser que le prochain incident se passera différemment.
Mythe n°4: le but, c'est le compromis
L'amour c'est se rencontrer à mi-chemin –faire cinquante-cinquante– parce que pour réussir sa relation, il faut constamment faire des compromis, n'est-ce pas? Eh bien, pas du tout! Si faire des compromis semble l'option mature et raisonnable, ce que cela signifie le plus souvent c'est que les deux partenaires font une croix sur ce qu'ils voulaient et optent pour une solution qui ne satisfait personne. Ensuite, chacun en veut à l'autre.
Ce qui est plus susceptible de fonctionner, c'est ce que j'appelle la tolérance des besoins bidirectionnels. En bref, cela revient à ne pas renoncer à nos propres besoins tout en respectant ceux de notre partenaire. Dans ce cadre, les deux obtiennent ce qu'ils veulent et tolèrent ce qu'ils n'aiment pas. Si chacun a ce qu'il désire, c'est plus facile de tolérer quelque chose qui déplaît.
Lorsque des exigences rivales deviennent des occasions de résoudre les problèmes de façon créative plutôt que de grossiers compromis qui ne contentent personne, les deux partenaires y trouvent leur compte.
Mais en pratique, à quoi cela ressemble-t-il? À la fin d'une semaine harassante, disons que vous avez envie d'aller à un cours de yoga, alors que votre partenaire voudrait que vous sortiez dîner tous les deux. Un moyen de ménager la chèvre et le chou (et de rester en leggings) peut consister à proposer de regarder une série ensemble sur le canapé.
Ou alors vous pourriez dire: «J'ai besoin de rester un peu seule pour recharger mes batteries et j'entends bien que tu as besoin de connexion pour déstresser. Trouvons un moyen de faire les deux.» Vous pouvez suivre un cours en ligne, puis rejoindre votre partenaire pour boire un verre. Ou bien passer la soirée chacun de votre côté et prévoir un dîner à court terme. L'idée est que les deux puissent faire quelque chose dont ils ont envie (et qu'ils ont vraiment besoin) de faire.
Si l'on n'est pas capable de répondre aux besoins l'un de l'autre, alors chaque envie devient une lutte de pouvoir. Mais lorsque des exigences rivales deviennent des occasions de résoudre les problèmes de façon créative plutôt que de grossiers compromis à mi-chemin qui ne contentent personne, les deux partenaires y trouvent leur compte et personne n'y perd.
Mythe n°5: éviter le conflit est le meilleur moyen de protéger la paix
C'est l'éléphant au milieu de la pièce. Le silence têtu, le «mais si, ça va», le sujet gênant que l'on évite depuis des mois. Beaucoup confondent évitement de conflit et harmonie. Mais l'évitement est aussi une forme de conflit –à éviter. Chaque fois que l'on esquive une conversation difficile, on choisit la distance plutôt que le rapprochement.
Ce qui importe vraiment, ce n'est pas qu'il y ait des disputes: c'est le métabolisme de nos conflits. En d'autres termes, notre façon de gérer nos tensions, nos désaccords et nos divergences d'opinions. Sommes-nous capables de rester engagés dans le dialogue quand les choses tournent au vinaigre ou avons-nous tendance à nous renfermer, à exploser ou à disparaître?
Un bon métabolisme de conflit, c'est lorsqu'on est capable de continuer la conversation malgré notre envie de partir en courant. Cela signifie rebondir après un choc en ayant réparé les pots cassés. Cela signifie être capable de dire: «J'ai besoin d'une pause de vingt minutes, mais je reviens», plutôt que de se renfermer pendant des jours. Ou bien cela peut signifier de supporter la frustration temporaire d'un «nous ne sommes pas d'accord pour le moment», plutôt que d'en venir aux insultes ou de botter en touche en disant: «Le vrai problème, c'est ta relation avec ta mère!»
Voilà ce que j'ai appris en observant des couples dans le cadre de ma pratique professionnelle: une relation sur pilote automatique est une relation en danger. Un amour qui ne demande vraiment aucun effort est souvent aussi très superficiel. La question n'est pas de savoir si votre relation aura besoin d'être réparée, mais si vous allez apprendre à acquérir les compétences nécessaires pour le faire, avant qu'elle ne devienne irréparable et s'effondre.
Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, c'est dans les moments où l'on n'est pas d'accord que les relations sont les plus vivantes, pas dans ceux où tout va bien. Ce sont les conflits qui permettent de créer les liens les plus forts. Négocier les disputes peut être difficile, mais avec de la patience (et peut-être un peu d'aide extérieure), cela devient une seconde nature. Et alors quand les fissures apparaissent, elles sont vite réparées. Le vrai amour n'est pas de trouver quelqu'un de si parfait que vous n'aurez jamais l'occasion de lutter l'un contre l'autre, mais d'apprendre la façon de lutter ensemble.
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