La guerre en Ukraine transforme les chiens abandonnés et chamboule leur évolution |
La guerre en Ukraine transforme les chiens abandonnés et chamboule leur évolution
Lucas Déprez-Rose – 17 février 2026 à 7h55
Une étude menée sur plus de 700 chiens montre que le conflit agit comme un filtre évolutif, favorisant les traits physiques et comportementaux les plus adaptés à la survie.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur IFL Science
Depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022, l'environnement des régions de l'est et du centre du pays est complètement bouleversé: bombardements, artillerie, drones et affrontements sont désormais le quotidien d'une zone minée, désertée par la plupart de ses habitants. Dans ce chaos, une population silencieuse subit une métamorphose invisible à l'œil nu, mais bien réelle: les chiens domestiques abandonnés.
Une équipe internationale de chercheurs, originaires d'Ukraine, de Pologne et d'Autriche, a examiné la morphologie et le comportement de 763 chiens à travers le pays pour comprendre comment la guerre influence leur évolution. Le constat est sans appel: dans les zones proches du front, les caractéristiques physiques liées à la domestication humaine (et essentiellement esthétiques) s'effacent rapidement au profit de traits utiles pour la survie. Comment cela se traduit-il concrètement?
Les scientifiques ont notamment observé que les chiens survivants en zone de combat tendaient à avoir des corps plus petits, des museaux plus longs et des oreilles pointues. Un retour vers une morphologie plus sauvage, proche de celle du loup, qui n'a rien d'une coïncidence. Les oreilles tombantes et les museaux courts, s'ils sont jugés mignons par les propriétaires, sont des handicaps en milieu hostile. Comme le souligne le média IFL Science, qui relaye ces travaux, l'absence de soins humains signifie que le besoin de survie place d'autres traits au sommet de la pyramide évolutive.
La raréfaction des ressources alimentaires est le principal levier de cette transformation. Avec la désorganisation des circuits civils et la fuite des populations, les sources de nourriture stables –à savoir des croquettes fournies par les humains– ont disparu. En conséquence, les chiens de petite taille et avec un indice de masse corporelle (IMC) réduit s'en sortent mieux: ils ont besoin de moins de calories pour maintenir leurs fonctions vitales.
L'étude, publiée dans Evolutionary Applications, note une absence quasi totale de chiens âgés ou malades à proximité des lignes de front. L'environnement est devenu si exigeant que seuls les individus les plus robustes et les plus jeunes atteignent l'âge de la reproduction, créant un goulot d'étranglement génétique.
Une rupture comportementale et éthique
Plus troublant encore, le lien millénaire entre l'homme et le chien se détériore rapidement sous l'effet des traumatismes liés aux combats. Les chercheurs ont documenté des cas de chiens fuyant systématiquement le contact humain et montrant désormais une agressivité extrême. Plus macabre, trois cas de chiens se nourrissant de cadavres humains ont été rapportés sur la ligne de front.
«Notre étude montre que les guerres peuvent être des facteurs de sélection naturelle forte et rapide, avec des effets comparables à des catastrophes naturelles ou anthropiques à grande échelle», affirment les auteurs de l'étude. Sur le terrain, la souffrance est palpable: environ 12% des animaux suivis présentaient des blessures visibles, allant de membres arrachés par des mines à des plaies par balles.
Si le conflit actuel est trop court pour affirmer que ces changements sont déjà inscrits de manière permanente dans le génome (le processus ne s'étalant que sur quelques générations), l'histoire nous donne des indices. Durant la guerre civile au Mozambique, la pression de la chasse pour l'ivoire avait entraîné une augmentation spectaculaire des naissances de femelles éléphants sans défenses, aujourd'hui majoritaires sur place.
En Ukraine, nous observons peut-être les prémices d'une nouvelle lignée de chiens, forgée dans le feu et la douleur. Dans un pays où le nombre de chiens errants se comptent en dizaines de milliers, cette étude rappelle que quand les humains font la guerre, la nature entière est touchée, y compris le meilleur ami de l'homme.
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