Licenciée pour avoir trop dormi, elle porte plainte contre son ancienne entreprise
Licenciée pour avoir trop dormi, elle porte plainte contre son ancienne entreprise
Lola Buscemi – 21 février 2026 à 6h55
Kathryn Shiber, analyste junior chez Centerview, a été licenciée après avoir demandé un droit garanti au sommeil pour gérer son anxiété. Son affaire interroge une nouvelle fois la culture du travail à outrance à Wall Street.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Financial Times
Centerview Partners, une banque d'investissement américaine indépendante, avait accordé à l'une de ses analystes junior, Kathryn Shiber, un aménagement exceptionnel: neuf heures de sommeil garanties chaque nuit pour gérer son anxiété et son trouble de l'humeur, tous deux diagnostiqués par un professionnel de santé. En échange, la jeune femme avait accepté de travailler sept jours sur sept.
Cet arrangement apparaissait comme novateur dans le contexte de ce secteur, mais moins de trois semaines après la mise en place de ces modalités, Kathryn Shiber a été convoquée à un appel vidéo, au cours duquel elle a été informée de son licenciement. «Le directeur général de Centerview a reproché à la jeune femme, alors âgée de 21 ans, d'avoir postulé à un emploi dans la banque d'investissement compte tenu de ses besoins en matière de repos», explique le Financial Times.
L'analyste a alors intenté un procès pour discrimination fondée sur le handicap. Ce dernier doit s'ouvrir très prochainement devant la cour fédérale de New York.
Le sommeil comme droit contesté
L'accord avait été convenu à la suite d'un incident au sein de l'entreprise. Fin août 2020, Kathryn Shiber s'était déconnectée de son poste de travail après minuit, sans en informer ses superviseurs. Elle avait été réprimandée le lendemain matin, après quoi elle s'était tournée vers les ressources humaines pour les informer de son besoin médical de sommeil. Malgré cela, la banque a finalement jugé que ce rythme nuisait à son développement et à la cohésion du projet.
Très commentée, l'affaire relance un débat déjà très vif sur les conditions de travail que doivent endurer les jeunes pour obtenir des emplois bien rémunérés et prestigieux. «Il existe un véritable débat sur la question de savoir si la capacité à être disponible à toute heure du jour et à travailler pendant de longues heures imprévisibles est une fonction essentielle du rôle d'analyste», a écrit le juge fédéral Edgardo Ramos en octobre lorsqu'il a ordonné la poursuite de l'affaire.
Pour John Jacobi, professeur de droit à la Columbia Law School, la question centrale du procès sera également de savoir si ces horaires irréguliers et souvent nocturnes étaient nécessaires ou simplement une norme culturelle.
Le rythme effréné de travail est déjà, depuis des années, une source de controverse à Wall Street. En 2021, des jeunes analystes chez Goldman Sachs (une autre banque d'investissement) ont réalisé une présentation sur leurs longues heures de travail à domicile pendant la pandémie et leur manque de sommeil. Elle est devenue virale et a poussé certaines banques à revoir leurs pratiques, en plafonnant les horaires et en introduisant un jour de congé obligatoire le week-end.
Interrogée sur l'affaire, Centerview a confirmé que les longues heures et les horaires imprévisibles étaient des conséquences du métier de banquier d'affaires. De son côté, Kathryn Shiber a déclaré que son licenciement avait compromis sa carrière et réclame le salaire qu'elle aurait gagné au cours de la prochaine décennie, des arriérés de salaire et des dommages et intérêts pour «détresse émotionnelle», soit un montant total de plusieurs millions de dollars.
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