Marre des applis de rencontre? Les célibataires testent de nouvelles pistes pour trouver l'amour

Marre des applis de rencontre? Les célibataires testent de nouvelles pistes pour trouver l'amour

Laura Perren – Édité par Émile Vaizand – 31 mars 2026 à 6h55

Alors que près d'une personnes célibataire sur deux dit ressentir une «dating fatigue», les initiatives essaiment pour réinventer, voire réenchanter, le premier rendez-vous. Soirées de «deep dating», de «pitch dating» ou encore plateformes de «slow dating»: tour d'horizon non exhaustif de quelques moyens originaux pour repenser la rencontre.

Temps de lecture: 6 minutes

Ils et elles sont de plus en plus nombreux et nombreuses à se sentir épuisés par les applications de rencontre en France. En 2025, près de la moitié des célibataires tricolores (49%) ont déjà éprouvé une forme de fatigue liée à la quête amoureuse, un chiffre qui s'élève à 61% chez les utilisateurs et utilisatrices d'applications, selon une étude de l'institut Ipsos et du Dating Lab, l'observatoire de la rencontre amoureuse de Meetic. Cet épuisement s'explique notamment par l'accumulation des déceptions (31%), l'érosion de la confiance en soi (29%), la pression de devoir se montrer constamment proactif (24%) ou encore la désillusion face à des comportements blessants comme le ghosting (23%).

La «dating fatigue» n'est pourtant pas un phénomène nouveau. Dès octobre 2016, le magazine The Atlantic s'emparait du sujet avec un article qui faisait mouche: «The rise of dating-app fatigue» («la montée de la lassitude face aux applications de rencontre»). Quatre ans après la naissance de Tinder, Julie Beck, journaliste pour le mensuel américain, documentait cette désillusion naissante face aux promesses du swipe infini. «Les utilisateurs d'applications de rencontre souffrent du paradoxe du choix, écrivait-elle. Face à beaucoup d'options, certains se figent […] et lorsqu'ils se décident enfin, ils ont tendance à être moins satisfaits, en pensant à toutes les autres petites amies qu'ils auraient pu avoir à la place.»

Quelques années plus tard, de ce côté de l'Atlantique, la journaliste et autrice Judith Duportail théorise à son tour cette lassitude dans son essai Dating fatigue – Amours et solitudes dans les années (20)20, paru en mai 2021. Elle décrit ce phénomène comme «le sentiment de mort qui durcit au sein de son cœur lorsqu'il nous semble avoir emprunté pour la millième fois le même ascenseur émotionnel, entre espoir, date, projection, ghosting et déception». Le diagnostic est posé.

Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Judith Duportail (@judithduportail_)

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Quelques millions d'utilisateurs actifs, souvent désenchantés

Les développeurs d'applications de dating communiquent très peu sur leurs nombres d'utilisateurs actifs. Selon les données publiées par Médiamétrie pour l'année 2023, 2,3 millions de Français consultent quotidiennement Tinder, Hinge, Bumble, Happn, Fruitz, Grindr et consorts, un chiffre en progression de 9% par rapport à l'année précédente. Si la pandémie de Covid-19 a boosté leur usage, l'engouement semble aujourd'hui se tarir.

«Les gens continuent de les utiliser, tout en les critiquant, souligne Félix Dusseau, sociologue de l'intimité, des sexualités et de l'amour à l'université du Québec à Montréal (Canada). Beaucoup entretiennent un rapport ambivalent avec ces plateformes. Ils leur reprochent leur logique de “supermarchés de profils”, tout en reconnaissant qu'il s'agit d'un moyen de rencontre installé.»

Pourtant, en France, seuls 11% des couples de jeunes adultes se forment grâce aux sites et applications de dating. «Les personnes se rencontrent principalement par l'intermédiaire d'amis en commun, de collègues de travail ou de camarades d'études, rappelle le spécialiste. Ces trois sphères restent largement dominantes, bien avant les applications.»

Discultons, le speed dating cash qui (vous) met à nu

Pour offrir des alternatives à ces applis de rencontre –et aux désillusions sentimentales qu'elles peuvent engendrer– les initiatives pullulent. Parmi elles, il y a Discultons, un concept de «deep dating» où l'on parle de sexualité sans détour ni tabou. Exit donc les questions classiques sur le travail, les hobbies ou la météo: les participants et participantes s'inspirent du jeu éponyme lancé en 2022 par la sexothérapeute Léa Toussaint (alias Merci Beaucul) pour s'aventurer dans des confidences intimes.

«Les cartes-questions posées sur les tables dépassent largement les fantasmes et les kinks. Elles sont plus cérébrales, ce qui atténue la gêne et permet de lever certains tabous.» 

Le premier événement de Discultons a été organisé à Paris, début 2025, avec l'ambition de proposer un cadre safe pour la recherche de partenaires sexuels. Depuis, une quarantaine de soirées ont eu lieu dans plusieurs villes françaises, réunissant en moyenne quatre-vingts curieux par session. Chaque édition suit un protocole précis. À l'entrée, les participants signent une charte de respect et de consentement et reçoivent une carte «T'es relou·e», à dégainer en cas de comportement inapproprié. La soirée débute par un bingo du cul, avant une pause restauration qui permet aux joueurs et joueuses de discuter et, souvent, de briser la glace.

Place ensuite aux sessions de «deep dating». Les personnes inscrites, qui ont déboursé 25 euros pour l'expérience, enchaînent au moins sept rendez-vous de sept minutes chacun. «Les cartes-questions posées sur les tables dépassent largement les fantasmes et les kinks. Elles sont plus cérébrales, ce qui atténue la gêne et permet de lever certains tabous», résume Dyckson, chef de projet chez Discultons. Les soirées ne désemplissent pas: chaque rendez-vous affiche complet, avec des listes d'attente de plus de cinquante personnes.

Cinq minutes pour «vendre» une personne célib'

Autre manière originale de chercher un ou une partenaire, le «pitch dating» gagne du terrain en France. Né aux États-Unis en 2019, le concept a été introduit dans l'Hexagone par Laurie Dutheil, coach en relations amoureuses. Constatant un certain «désamour des applis», cette passionnée «des slides, des histoires d'amour et surtout de l'humour» a organisé la première soirée «pitch dating» à la française en 2022. Le principe est simple: un ami ou collègue vient présenter son ou sa pote célibataire devant une foule de 200 à 300 personnes venues chercher l'amour… ou simplement passer un moment atypique.

«Les personnes pitchées peuvent se sentir un peu vulnérables, mais le pitch sert justement à valoriser leurs qualités. Même leurs petites névroses sont décortiquées avec humour.»

Sur scène, le pitcheur dispose de cinq minutes pour présenter le cœur à prendre, diapos PowerPoint à l'appui, avec une bonne dose de plaisanteries. Le pitché, lui, découvre la présentation en direct, juché sur un tabouret haut, sous les regards amusés de la salle. S'ensuit une courte séquence de questions-réponses avec le public. Pour prendre contact, les personnes intéressées n'ont plus qu'à scanner un QR code affiché à l'écran.

«Ces moments permettent des rencontres avec beaucoup plus de relief, souligne Laurie Dutheil. Les personnes pitchées peuvent se sentir un peu vulnérables, mais le pitch sert justement à valoriser leurs qualités. Même leurs petites névroses sont décortiquées avec humour.» En quatre ans, plus d'une trentaine d'éditions ont vu le jour. Résultat: «Seize couples officiels, plus de 300 célibataires présentés et 6.000 slides préparées», énumère la spécialiste des relations amoureuses avec amusement. À cela s'ajoutent «les dates, les bisous, les nouveaux abonnements sur Instagram et les selfies trop mignons».

Le «slow dating» à l'ère du numérique

Pour d'autres, la réponse face à une «dating fatigue» grandissante passe par la réinvention même des applications de rencontre. En novembre 2025, Clara Monti et son équipe lancent Mado, une application de «slow dating» conçue pour accompagner ses utilisateurs et utilisatrices dans la construction d'un amour «vrai, sincère et durable». À rebours du swipe infini, des faux profils et des algorithmes qui nous enferment, la jeune entrepreneuse lyonnaise développe un système limité à trois profils par jour, sélectionnés selon le taux de compatibilité.

«L'amour se porte très bien, le couple aussi. Celui-ci protège, même s'il est parfois perçu comme contraignant.»

Une fois l'application téléchargée et l'identité vérifiée, l'utilisateur répond à une centaine de questions balayant ses valeurs, sa sexualité, ses projets de vie et sa vision du couple. L'objectif est de proposer des profils plus compatibles et qualifiés. Des contenus de développement personnel –écrits ou audios– élaborés par des thérapeutes sont également publiés sur la plateforme, pour travailler sur soi et sur sa relation amoureuse. Avec Mado, contraction de Marie et Dominique, les grands-parents paternels de Clara Monti, la fondatrice a souhaité rendre hommage à «un couple qui [l'a] inspirée: un amour qui dure, qui se renforce avec le temps, où l'on se choisit et où l'on ne baisse pas les bras».

Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Mado, rencontrez-vous. (@mado_app)

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En quatre mois, l'application compte déjà plus de 4.400 téléchargements, principalement dans la région de Lyon, où la start-up est née. Depuis peu, deux offres payantes cohabitent: l'abonnement «rencontre» donne accès aux contenus produits par les thérapeutes –enrichis mensuellement– et propose trois profils compatibles par jour. L'abonnement «accompagnement/coaching», lui, se présente comme une application de développement personnel centrée sur l'amour, donnant accès uniquement aux ressources dédiées. Dans la version gratuite, un profil par jour est envoyé et l'accès est limité à une dizaine de contenus. «D'ici à la fin de l'année, nous visons 10.000 utilisateurs actifs, précise Clara Monti, la fondatrice. Nous avons déjà atteint un tiers de cet objectif.»

À l'heure où beaucoup de personnes se plaignent de la difficulté à faire des rencontres, le sociologue Félix Dusseau juge bon de rappeler que «l'amour se porte très bien, le couple aussi». Il reste, selon lui, un repère central dans un monde traversé par les crises, le chômage et les conflits: «Le couple protège, même s'il est parfois perçu comme contraignant.» Et les moyens de créer des rencontres, eux, n'ont sans doute jamais été aussi nombreux… et inventifs!

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