Donald Trump n'a pas du tout parlé du pétrole iranien, ça ne veut pas dire qu'il n'a pas les yeux rivés dessus |
Donald Trump n'a pas du tout parlé du pétrole iranien, ça ne veut pas dire qu'il n'a pas les yeux rivés dessus
Laura Perren – 9 mars 2026 à 20h55
Depuis le début des frappes contre l'Iran, l'intérêt pour les ressources pétrolières du pays est passé sous silence. Le président états-unien a pourtant l'habitude de planifier ses interventions militaires en fonction des potentiels gains économiques.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Atlantic
Depuis samedi 28 février, Israël et les États-Unis pilonnent sans relâche les dispositifs militaires et l'appareil politique iraniens. Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 mars, les frappes ont visé pour la première fois des infrastructures pétrolières. Le président américain Donald Trump est pourtant resté étonnamment discret sur la question du pétrole iranien, alors même qu'il s'agit d'un enjeu stratégique majeur. Pour comprendre cette situation, rembobinons le fil des récentes interventions militaires états-uniennes.
Washington a rarement envisagé un conflit à l'étranger sans évaluer finement les gains économiques à grappiller: le pétrole irakien, le pétrole syrien, le pétrole vénézuélien. Dans la vision trumpiste du monde, la puissance militaire doit aussi produire un retour sur investissement. S'emparer de précieux gisements pétroliers, de ressources naturelles ou de métaux précieux en «remboursement» du sang américain fait partie d'une rhétorique que Donald Trump manie depuis des années, bien avant son arrivée au pouvoir. Mais alors que les bombes pleuvent sur Téhéran, le président américain se garde bien d'évoquer publiquement son appétit pétrolier.
Les ressources iraniennes semblent pourtant titanesques, rappelle le magazine américain The Atlantic. L'Iran abrite certaines des plus vastes réserves d'hydrocarbures de la planète et détient plus de 10% des réserves mondiales d'or noir, ainsi qu'environ 15% de celles de gaz naturel. S'emparer des ressources de la République islamique –et les additionner à celles du Venezuela– permettrait d'asseoir la domination énergétique américaine, tout en privant la Chine d'une source essentielle de carburant. En 2024, 90% des exportations iraniennes de pétrole étaient destinées à l'empire du Milieu, d'après les calculs du ministère américain de l'Énergie.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la question des ressources iraniennes reste en suspens, alors même que le monde observe avec inquiétude la flambée des prix du carburant. D'après plusieurs responsables américains et arabes, les conseillers de Donald Trump l'enjoignent à concentrer ses déclarations sur la mission militaire. «Il sait que la situation est très grave, rapporte un haut responsable arabe sous couvert d'anonymat. C'est plus critique qu'au Venezuela.»
Aucune mention de l'or noir iranien
Les communications de Washington n'ont pourtant pas toujours brillé par leur cohérence. Les justifications de l'intervention ont évolué au fil des jours. Il s'agissait d'abord de renverser le régime théocratique, puis d'intervenir préventivement face à la puissance militaire iranienne, dont les missiles à longue portée «pourraient bientôt atteindre le territoire américain», selon le locataire de la Maison-Blanche. Lors de ses prises de parole, Donald Trump, pourtant connu pour ses déclarations abruptes et ses digressions, a soigneusement évité d'évoquer le pétrole iranien.
Les attaques contre l'Iran et les ripostes visant le golfe Persique ont fait exploser les prix des hydrocarbures, ravivant la crainte d'un choc énergétique mondial. Le blocage du détroit d'Ormuz –par lequel transite près de 20% de l'or noir consommé dans le monde– a aggravé les tensions. Lundi 9 mars, à l'ouverture des marchés asiatiques, le baril de brent a dépassé le seuil des 100 dollars pour la première fois depuis 2022. Il a grimpé à 111 dollars (96 euros). Aux États-Unis, les prix de l'essence sont désormais supérieurs aux tarifs affichés lors de la prise de fonction du président républicain. Un signal politiquement délétère, alors que Donald Trump avait promis de faire baisser les prix du carburant.
Durant plusieurs décennies, Washington a pourtant joué un rôle-clé dans la stratégie pétrolière iranienne, en particulier lors du règne du shah. Les compagnies américaines bénéficiaient alors d'un accès privilégié à la richesse pétrolière du pays. Dans les années 1970, les relations entre Téhéran et les entreprises étrangères ont changé, dans un contexte de montée du nationalisme économique et de colère populaire contre l'influence américaine.
Aujourd'hui, certains spécialistes voient peu de subtilité dans l'opération «Fureur épique». Donald Trump, lui, se sent renforcé par son succès au Venezuela. Et derrière l'objectif affiché de neutraliser le régime iranien ou de se protéger d'une puissance militaire de plus en plus menaçante, pourrait se profiler une ambition plus ancienne: accomplir ce que ses prédécesseurs n'ont jamais réussi en mettant la main sur l'un des plus grands trésors énergétiques de la planète.
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