Les touristes étaient aussi c*ns il y a 2.000 ans qu'aujourd'hui
Les touristes étaient aussi c*ns il y a 2.000 ans qu'aujourd'hui
Julien Dubois – 10 mars 2026 à 21h55
Des inscriptions en vieux tamoul découvertes dans plusieurs tombes égyptiennes montrent qu'un visiteur venu d'Inde a gravé son nom dans la roche il y a deux millénaires.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Gizmodo
C'est un mystère global, qu'on retrouve sur les murs des villes du monde entier, sur les monuments, les pierres et même certains arbres: les touristes ne peuvent pas s'empêcher d'y graver leur nom. Des protocoles de sécurité ont souvent été mis en place pour lutter contre ce fléau moderne. Moderne? Pas sûr. Des archéologues ont trouvé des traces de vandalisme touristique sur les tombes de la vallée des Rois en Égypte.
Baptisé Cikai Korran, l'homme a laissé une douzaine d'inscriptions gravées dans la roche, dont huit contenant son nom. Ses tags étaient en vieux tamoul, une langue indienne. Ces inscriptions nous confirment que les touristes ont toujours agi de la sorte, mais elles sont également riches en enseignements historiques. Elles permettent d'en savoir plus sur les liaisons indo-égyptiennes de l'époque. Les chercheurs ont présenté leurs trouvailles lors d'une conférence en Inde, disponible sur Youtube (la présentation commence à 1h22min).
Les tombes égyptiennes ont presque toujours souffert de vandalisme sous différentes formes, explique Ingo Strauch, spécialiste de l'Asie du Sud-Est à l'Université de Lausanne en Suisse. Une précédente étude de 1926 avait déjà relevé plus de 2.000 inscriptions dans ces tombes, dont la majorité en grec et latin, suggérant que l'Égypte était, sous l'Empire romain, une destination touristique prisée.
«Lors de ma visite des tombeaux pharaoniques en tant que touriste en janvier 2024, j'ai remarqué que certains graffitis étaient différents des autres et semblaient présenter des similitudes avec l'écriture indienne, a expliqué Ingo Strauch à Gizmodo par mail. De retour chez moi, j'ai revu mes photos et j'ai commencé à soupçonner que l'inscription pouvait être en tamoul.»
Cikai Korran, le graffeur fou
Curieux, il a donc envoyé ses photos à sa collègue Charlotte Schmid, qui lui a confirmé que les inscriptions étaient inscrites en tamoul et disaient «Cikai Korran est venu ici et a vu». En creusant un peu, les deux chercheurs ont découvert dans les travaux de Baillet des références à des inscriptions en anciennes langues asiatiques.
«S'il y a une inscription, il y en a forcément d'autres», a expliqué Ingo Strauch lors de sa présentation. Certains de leur théorie, Ingo Strauch et Charlotte Schmid ont lancé une nouvelle enquête. Cela leur a permis d'identifier de nouvelles inscriptions, potentiellement rédigées en sanskrit et en tamoul-brahmi, l'ancêtre du tamoul d'aujourd'hui.
Cikai Korran, notre protagoniste principal, ne se contentait pas de signer les murs qu'il croisait, il cherchait aussi à laisser sa trace en hauteur. Dans la tombe de Ramsès IX, l'une de ses marques trône à six mètres de haut. Pour Charlotte Schmid, il avait un but précis: «Il voulait s'assurer d'être vu par tout le monde. C'est, pour être franche, assez étrange.» Ce visiteur d'Inde du Sud, passionné par son voyage, a donc marqué presque chaque tombe accessible à l'époque, choisissant des emplacements techniques pour que son nom échappe aux dégradations et lui survive.
Ces graffitis redéfinissent notre compréhension des relations indo-égyptiennes. Pour l'égyptologue Steve Harvey, c'est même une révolution: «Jusqu'à cette découverte, nous n'avions aucune preuve solide de la présence de visiteurs indiens dans la vallée du Nil à une époque aussi reculée.» Alexandra von Lieven, de l'Université de Münster en Allemagne, explique que ces traces prouvent un intérêt des Indiens pour la culture égyptienne à l'époque, et pas seulement une présence commerciale.
Plus intrigant encore, certains graffitis en tamoul répondent directement à des graffitis en grec. Certains touristes indiens comprenaient donc les autres langues et considéraient peut-être qu'ils appartenaient à une sphère culturelle partagée. Si Cikai Korran voulait sûrement simplement gonfler son ego et faire le malin, son vandalisme est devenu, deux mille ans plus tard, un trésor archéologique.
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