À voir au cinéma: «Le goût du vin de palme», «L'Espèce explosive», «Ton animal maternel» |
À voir au cinéma: «Le goût du vin de palme», «L'Espèce explosive», «Ton animal maternel»
Dans Paris vu par un regard africain, dans la forêt des Ardennes ou dans les rues de San José au Costa Rica, les films de Jean-Pierre Bekolo, de Sarah Arnold et de Valentina Maurel déplacent les récits et les définitions, pour le meilleur.
Temps de lecture: 7 minutes
Par Jean-Michel Frodon
6 octobre 2026 à 19h55
«Le goût du vin de palme» de Jean-Pierre Bekolo
Nul ne décide l'assortiment de films qui sortent chaque semaine sur les écrans français. Il arrive que le hasard des choix de distribution fasse se retrouver au même rendez-vous du mercredi des réalisations qui se font écho. Ainsi en est-il de l'arrivée simultanée du Goût du vin de palme et de Ni vue ni connue de Marc Fitoussi.
Dans ce dernier film, Isabelle Huppert campe une figurante de cinéma se démenant pour obtenir un vrai rôle et conquérir la gloire. Il y a un an, la même Isabelle Huppert tenait le rôle de Liliane Bettencourt dans La Femme la plus riche du monde. Justement, avec le film de Jean-Pierre Bekolo, revoici sur grand écran la patronne de L'Oréal, sous le nom transparent d'Ariane B'Oréal, affrontant à nouveau l'hostilité cupide de son entourage outré de ses frasques en compagnie d'un outsider.
Mais il ne s'agit pas juste de la récurrence d'une figure qui a défrayé la chronique. Il s'agit du contraste entre ce que font le film de Bekolo et le film de Fitoussi.
Le second est une plutôt plaisante comédie dans l'entre-soi confortable d'un cinéma français qui sourit sans risque de ses éventuels travers. Le premier travaille, sur le terrain de ce même cinéma français, les manières dont il tend à invisibiliser des hommes et des femmes, des récits et des manières de filmer venus d'ailleurs, et en particulier des anciennes colonies.
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Le film de Fitoussi n'est coupable de rien, mais à l'évidence le contraste fait symptôme. Tout comme Isabelle Huppert se trouve ici au confluent de ces enjeux, elle qui ne se laisse enfermer dans aucune case, et dont les rôles inoubliables chez Hong Sang-soo ou dans White Material de Claire Denis –tourné au Cameroun– offrent des signes particulièrement évidents de la manière dont elle dépasse ces limites.
Il reste que le film de Jean-Pierre Bekolo sortira dans une petite poignée de salles, celui de Marc Fitoussi sur des centaines d'écrans. Et c'est, indirectement, ce qui anime le film du réalisateur camerounais: une «différence» en forme de gouffre, que réfracte à sa manière l'initiative d'un Africain de filmer cette fois une histoire très française, mais selon des codes qui ne tiennent le........