Pourquoi être pété de thunes transforme votre cerveau en profondeur |
Pourquoi être pété de thunes transforme votre cerveau en profondeur
François Montcorbier – 26 mars 2026 à 8h25
Quels effets l'argent a-t-il sur le comportement des ultrariches? Certains se sont prêtés au jeu et ont répondu à une enquête du New York Magazine: qu'ils s'en rendent compte ou non, l'argent les a changés.
Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur New York Magazine
Quelques jours après qu'Hélène Mercier-Arnault, épouse de la première fortune de France, a expliqué à la radio qu'«être SDF, c'est aussi un choix de vie», en parlant de personnes qui auraient «décidé de lâcher la société», la polémique a mis en pleine lumière le fossé qui sépare les ultrariches du reste de la population. Dans la bouche d'une milliardaire qui reconnaît penser rarement aux sans-abri, cette formule n'a rien d'une maladresse isolée, elle reflète une véritable vision du monde.
Pendant deux mois, Lane Brown, journaliste au New York Magazine, a interrogé des personnes aux patrimoines plus que conséquents pour comprendre comment l'argent modifie la façon de penser: que se passe-t-il quand les contraintes financières disparaissent? Que deviennent le rapport au statut, aux amis, au devoir, voire au réel lui-même?
La plupart des ultrariches sollicités ont décliné, parfois poliment, parfois en ne répondant simplement pas. Ceux qui ont accepté –entre autres, un fondateur de grande entreprise, un entrepreneur européen ayant fait fortune puis épousé une héritière, un héritier ayant fait fructifier son capital– ont souvent assuré, d'abord, que l'argent ne les avait pas tant changés que ça, tout en admettant qu'ils se racontaient peut-être des histoires.
Vue d'ici, chez nous les «sans-dents», l'argent n'a pas l'air d'améliorer les gens, au contraire. La colère contre les riches nourrit désormais aussi bien la gauche que la droite, renforcée par le triplement du nombre de milliardaires depuis 2010. La pop culture a suivi: des séries aux films, les personnages riches sont souvent dépeints comme des prédateurs grotesques ou immoraux, une image que l'affaire Epstein n'a certainement pas redorée.
L'argent isole et crée des «ghettos de riches»
Une ligne de fracture majeure se dessine parmi les ultra-privilégiés, celle qui sépare les «self-made men» des héritiers. Un développeur ayant vendu sa start‑up pour plusieurs millions d'euros ne parle pas d'argent, mais de revanche: ce gain massif, dit-il, a d'abord été le sentiment que «les choses étaient enfin comme elles auraient toujours dû être», une réparation face à ses années d'échec scolaire et de personnes ne croyant pas en lui. À l'inverse, David Roberts, né riche et devenu encore plus riche grâce à des investissements, décrit son patrimoine comme une source de gratitude, un peu gêné de ne jamais avoir manqué de rien.
Autre enseignement: la richesse isole, presque mécaniquement. Un entrepreneur européen se souvient du jour où, étudiant, il a vu en temps réel plusieurs centaines de milliers de dollars arriver sur son compte en banque: d'abord l'euphorie, puis le vertige, puis l'impossibilité d'évoquer avec ses amis un tel changement. Plus tard, marié dans une famille encore plus fortunée, il constate qu'on apprend à se taire quand il s'agit d'argent: on ne raconte pas trop ses voyages en jet privé, on se censure pour éviter la jalousie, on finit par se retrancher dans un entre‑soi où tout est plus confortable… et plus lointain.
Mark Cuban, homme d'affaires américain, refuse l'idée d'une métamorphose psychologique profonde. Issu de la classe moyenne de Pittsburgh, devenu milliardaire après la vente de Broadcast.com à Yahoo, il jure que l'argent a seulement amplifié ce qu'il était déjà: heureux avant, «incroyablement heureux» après. Pour lui, la richesse est un facilitateur: elle lui permet d'acheter une équipe de NBA parce qu'il pense pouvoir mieux la gérer, ou de lancer une société de médicaments à bas coût pour «foutre le bordel» dans le système de santé, mais ne change pas son rapport au monde, ni ses amitiés de lycée, ni sa détestation des chemises repassées.
Au quotidien, les ultrariches interrogés semblent tous avoir un petit problème avec l'addition au restaurant. Faut‑il tout payer, au risque d'humilier les autres et de figer un rapport de dépendance, ou insister pour partager, au risque de passer pour radin ou dans le déni de sa position? Certains finissent par instaurer des codes implicites –ils paieront l'hôtel et les repas, les amis leurs billets d'avion– sans jamais dissiper complètement le malaise ni la question sous‑jacente: qui doit quoi à qui?
Le psychothérapeute Paul Hokemeyer décrit une sorte de trajectoire possible vers la corruption morale: l'ultrariche passe du sentiment d'exception à l'isolement. Il se met à mépriser les autres et adopte progressivement des comportements prédateurs face à l'impunité dont peuvent bénéficier les élites financières. Des dérives de comportements encouragées et validées par ce microcosme et qui semblent illustrer une partie de l'affaire Epstein.
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