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Pourquoi le drapeau breton est-il interdit aux Jeux olympiques?

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16.02.2026

Pourquoi le drapeau breton est-il interdit aux Jeux olympiques?

Ernest Ginot – Édité par Émile Vaizand – 16 février 2026 à 6h55

[L'Explication #257] Et ce, à toutes les éditions des JO, estivales comme hivernales. C'est encore le cas en Italie lors des Jeux d'hiver de Milan-Cortina 2026.

Temps de lecture: 3 minutes

Depuis le 6 février et jusqu'au dimanche 22, les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina battent leur plein en Italie. Les compétitions s'enchaînent, les médailles se succèdent et les spectateurs en ont plein les mirettes. Pourtant, si l'on regarde les tribunes attentivement, quelque chose dénote: il n'y a aucun drapeau breton! Et c'est assez rare pour le souligner.

Habituellement, quelle que soit la compétition (régionale, nationale ou internationale), il y a toujours (vraiment toujours) un drapeau breton qui flotte quelque part, dans un coin des stades. Au bout de l'étendard, on retrouve une bande d'irréductibles Bretons, prêts à parcourir des milliers de kilomètres et à braver n'importe quelle météo pour brandir fièrement le Gwenn ha du, la célèbre bannière noire et blanche bretonne. Partout, tout le temps… sauf dans les enceintes olympiques, Milan-Cortina compris, où ils sont tout bonnement interdits! Perak? («Pourquoi?» en breton)

Le CIO, comité international antifun

Si vous êtes breton ou bretonne et que vous voulez vous plaindre, on vous laisse vous rediriger vers le Comité international olympique (CIO). C'est lui –et son règlement strict– qui est à l'origine de cette interdiction. Et elle ne concerne pas que les Bretons.

Pour le CIO, à chaque édition des Jeux olympiques, estivale comme hivernale, seuls les drapeaux des pays et territoires officiellement participants sont autorisés dans les tribunes. Dans le règlement du CIO, il est également indiqué qu'«il est interdit d'apporter dans tous les sites officiels des drapeaux (actuels et historiques) de pays dont les athlètes sont admis à participer exclusivement en tant qu'athlètes individuels neutres, ainsi que tout autre objet susceptible d'être associé à ces pays».

Le CIO veut préserver un cadre centré sur les nations participantes et éviter toute expression jugée politique ou identitaire dans les tribunes.

Qu'est-ce que ça veut dire? Tout simplement que les drapeaux régionaux, qu'ils soient bretons, basques, corses ou même catalans, sont strictement interdits. Tout comme les drapeaux russes et biélorusses, lorsque les athlètes concourent sous bannière neutre, comme c'est encore le cas pour ces JO d'hiver 2026.

Le Gwenn ha du n'est donc pas le seul à subir cette application stricte du règlement olympique. Pour faire simple: seules les bannières nationales reconnues par le CIO, comme celle de la France, sont autorisées. Mais attention, leur hampe (le manche) ne doit pas être rigide et leur taille ne doit pas dépasser un mètre sur deux. Pas fun.

100% sport, 0% politique (et 100% de Bretons déçus)

La situation n'est pas nouvelle. Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, le même règlement s'appliquait déjà. Pas de quoi intimider quelques Bretons valeureux, qui avaient alors tenté plusieurs fois d'accrocher un drapeau par-ci par-là. Une victoire qui ne durait à chaque fois pas plus de quelques minutes, avant que la sécurité ne leur fasse retirer.

Mais au fait, pourquoi le CIO s'accroche-t-il tant à cette interdiction? La réponse est simple: le comité veut préserver un cadre centré sur les nations participantes et éviter toute expression jugée politique ou identitaire dans les tribunes. Pour faire simple, le CIO ne veut aucun message politique dans les gradins, afin de se concentrer uniquement sur le sport.

Pourtant, dans le cas du Gwenn ha du, c'est avant tout un symbole d'attachement culturel et identitaire qui est ici interdit. Pour la petite histoire, ce dernier est composé de bandes horizontales qui représentent les neuf pays historiques de Bretagne (Cornouaille, Léon, Trégor, Vannetais, Pays de Dol, Pays de Saint-Brieuc, Pays de Saint-Malo, Pays nantais et Pays rennais), de couleurs noire et blanche, symbolisant les deux langues de la région (breton et gallo), ainsi que de plusieurs queues d'hermine. Mais à Milan, Cortina d'Ampezzo et sur les autres sites des Jeux d'hiver 2026, les Bretons devront se contenter de ce bon vieux drapeau tricolore s'ils veulent soutenir leurs sportifs issus de leur région.

Combiné nordique, interdiction problématique

Une autre interdiction, propre aux Jeux d'hiver, a provoqué l'émoi. Cette fois-ci, pas de Bretagne ou de drapeau régional: c'est l'absence des femmes en combiné nordique (sport qui associe saut à ski et ski de fond) qui a défrayé la chronique.

La discipline est en effet le dernier sport exclusivement réservé aux hommes aux Jeux olympiques d'hiver. En 2026, cela commence à sérieusement faire tache, d'autant plus que ce sport est inscrit au programme olympique depuis la toute première édition des JO d'hiver, en 1924 à Chamonix (Haute-Savoie), et qu'il existe une Coupe du monde féminine depuis la saison 2020-2021. Allô le CIO?

Pour le Comité international olympique, le refus est calculé: il craint que la discipline elle-même ne fasse pas long feu dans les prochaines éditions des JO d'hiver et ne voit pas l'intérêt d'ouvrir une nouvelle catégorie féminine en combiné nordique, alors même que ce sport pourrait être retiré du programme olympique. Le manque de concurrence entre les nations et le faible intérêt du public (le combiné nordique enregistrant souvent les audiences les plus faibles des JO d'hiver) fragilisent, à chaque édition, son avenir olympique. Kenavo! («Au revoir» en breton)

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