Les glaces ont tellement fondu à cause du réchauffement climatique que la rotation de la Terre a ralenti

Les glaces ont tellement fondu à cause du réchauffement climatique que la rotation de la Terre a ralenti

Clément Poursain – 24 mars 2026 à 7h55

En modifiant l'équilibre des masses, la fonte des calottes a un impact direct, bien que minime, sur la durée du jour.

Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Popular Mechanics

Vous avez l'impression d'être toujours en retard? C'est peut-être parce qu'à l'échelle des temps géologiques, les journées sur Terre s'allongent, très lentement, imperceptiblement. Depuis des décennies, mesures astronomiques, observations satellites et archives d'éclipses montrent un décalage subtil entre les 24 heures théoriques (86.400 secondes) d'une rotation de la Terre et la durée réelle d'un jour terrestre.

On sait depuis longtemps que la Lune joue un rôle central: les forces de marée, en faisant bouger les océans, freinent imperceptiblement la rotation terrestre. Les données géologiques suggèrent que cela a allongé la durée du jour d'environ 2,4 millisecondes par siècle, tandis que d'autres effets –liés à la façon dont la planète se dégonfle légèrement à ses pôles– donnent une estimation plus basse, autour de 1,7 milliseconde par siècle, résume un article de Popular Mechanics.

Un autre facteur vient toutefois compliquer l'équation: le climat. Quand les grandes calottes glaciaires fondent, l'eau se redistribue entre continents et océans, modifiant la répartition des masses à la surface du globe. Ces processus dits «barystatiques» changent le moment d'inertie de la Terre et donc sa vitesse de rotation, comme un patineur qui ralentit en écartant les bras.

Deux chercheurs, Mostafa Kiani Shahvandi (Université de Vienne) et Benedikt Soja (École polytechnique fédérale de Zurich), ont estimé que l'on sous‑évaluait cet effet dans les reconstitutions du passé lointain, notamment avant et pendant les grandes glaciations. Ils ont donc développé un algorithme d'intelligence artificielle qui combine lois physiques et probabilités pour reconstruire l'évolution de la longueur du jour à partir de données paléoclimatiques. Leur travail vient de paraître dans le Journal of Geophysical Research: Solid Earth.

Des jours un peu plus longs de siècle en siècle

Leur modèle s'intéresse notamment au Pliocène supérieur, il y a 3,6 millions d'années, une période où la Terre sortait d'un épisode froid et où d'énormes glaciers fondaient, faisant monter le niveau des mers d'une trentaine de mètres. Des fossiles de micro‑organismes marins, les foraminifères, et les restes de récifs coralliens servent à reconstruire ces variations de niveau marin: leur croissance et leur disparition dépendent de paramètres environnementaux qui reflètent la fonte des calottes antarctique et groenlandaise. Ces transferts de masse auraient contribué à ralentir la rotation de la planète, avant que le niveau des mers et la longueur du jour se stabilisent à nouveau.

L'algorithme élaboré permet aussi de revisiter le début du Pléistocène, il y a environ 2,6 millions d'années, quand de vastes calottes glaciaires se forment dans l'hémisphère nord. Ce stockage de glace sur les continents rend la Terre un peu moins aplatie, modifie son moment d'inertie et raccourcit légèrement la durée du jour. Plus tard, durant la transition du Pléistocène moyen (entre 1,25 million et 700.000 ans), quand les cycles glaciaires passent de 41.000 à 100.000 ans, les chercheurs retrouvent de fortes fluctuations de la longueur du jour, dont les causes exactes ne sont pas établies avec certitude.

Au total, depuis le Pliocène supérieur, les journées se sont allongées d'environ 1,5 milliseconde par siècle, selon les estimations de Mostafa Kiani Shahvandi et Benedikt Soja. Ce chiffre reflète la combinaison de plusieurs effets: marées lunaires, déformation lente de la planète mais aussi, à certaines périodes, réchauffements climatiques rapides accompagnés de fortes montées des eaux. Un réchauffement global, en faisant fondre de grandes masses de glace, tend à redistribuer le poids de l'eau vers les océans et à freiner, un peu plus, la rotation de la Terre.

La comparaison avec notre époque est troublante: le Pliocène affichait des températures moyennes de 2 à 3°C au‑dessus des niveaux préindustriels, proches de ce que prévoient les scénarios pessimistes de la fin du siècle si les émissions de CO₂ ne sont pas drastiquement réduites. Autrement dit, nous pourrions être en train de recréer, à grande vitesse, des conditions géophysiques qui avaient mis des centaines de milliers d'années à s'installer, avec à la clé un impact mesurable sur la longueur du jour.

Les auteurs restent toutefois prudents: les incertitudes sont importantes, comme dans toute étude paléoclimatique, et leurs résultats devront être affinés à mesure que de nouveaux enregistrements seront disponibles.

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