L'économie américaine est tellement solide que Donald Trump peut faire à peu près n'importe quoi, sans conséquence |
L'économie américaine est tellement solide que Donald Trump peut faire à peu près n'importe quoi, sans conséquence
Clément Poursain – 23 mars 2026 à 21h55
Malgré les frappes contre l'Iran et la hausse du prix du pétrole, Wall Street tient bon et le dollar se renforce. Des atouts structurels puissants permettent à l'Amérique d'absorber les secousses, pendant que le reste du monde fait face à la crise énergétique.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Financial Times
Depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, le 28 février, le prix de l'essence a bondi d'environ 15 à 20% aux États-Unis, mais l'onde de choc est bien plus violente ailleurs. Le gaz naturel reste relativement stable outre-Atlantique, alors qu'il flambe en Europe et en Asie, où les coupures d'approvisionnement entraînent hausses des factures, arrêts d'usines, semaines de travail raccourcies, fermetures d'écoles et faillites en chaîne. Personne ne sort gagnant de cette guerre, mais les perdants économiques les plus sévèrement touchés se trouvent largement hors des frontières américaines.
Les marchés obligataires envoient le même signal: ils anticipent une poussée d'inflation plus forte hors des États-Unis. À Washington, l'entourage de Donald Trump présente la hausse du baril comme un mal temporaire pour les automobilistes, compensée par les gains d'un pays devenu exportateur net d'énergie, où les producteurs de pétrole et de gaz enregistrent déjà des profits exceptionnels. De quoi conforter l'idée que les États-Unis ont les reins assez solides pour encaisser les aventures militaires fantasques de leur président.
Cette relative résilience nourrit une forme d'arrogance de puissance qui ne date pas de Donald Trump et traverse l'establishment, explique le chroniqueur du Financial Times Ruchir Sharma. L'administration Biden avait déjà poussé très loin l'arme financière en gelant des centaines de milliards de réserves russes après l'invasion de l'Ukraine. Aujourd'hui, lorsqu'on interroge des dirigeants de la tech ou de Wall Street sur les risques qui pèsent sur l'économie américaine –instabilité politique, baisse de l'immigration, déficits– beaucoup haussent les épaules: l'avance américaine en matière d'intelligence artificielle renforce encore ce sentiment de citadelle attractive, quoi que fasse ou dise Donald Trump.
Cette domination se lit dans les flux financiers: la part des États-Unis dans les marchés mondiaux est nettement supérieure à leur poids dans le PIB mondial. Une armée inépuisable d'investisseurs particuliers alimente en permanence les indices boursiers. Depuis le début de la guerre, ils restent acheteurs nets quasiment chaque jour, comme si les images en provenance de Téhéran n'étaient qu'un léger bruit parasite. Wall Street résiste mieux que la plupart des autres places financières, malgré les secousses sur le pétrole.
Le plus chanceux des incompétents
À l'étranger, on fustige Donald Trump pour avoir déclenché une guerre de choix déstabilisatrice, mais on continue de placer son argent aux États-Unis. Aucun «surcoût Trump» n'est visible dans les primes de risque associées aux actifs américains. Au contraire: après plusieurs mois de repli, le dollar s'est apprécié face à toutes les grandes devises depuis le début du conflit, retrouvant son rôle de valeur refuge en période de tempête géopolitique.
Pour Ruchir Sharma, c'est une constante: Donald Trump bénéficie de forces qui le dépassent –puissance du billet vert, profondeur des marchés, révolution technologique– et qui se sont mises en place bien avant lui. Il superpose une guerre tarifaire mal pensée à une guerre militaire improvisée, et s'en sort pour l'instant sans sanction économique majeure, en partie parce que le reste du monde reste dépendant de l'Amérique: militairement, technologiquement, mais surtout financièrement.
Certes, plusieurs pays tentent de se désolidariser: hausse des dépenses militaires, diversification des réserves de change hors dollar, accords commerciaux qui contournent Washington, les alliés d'hier vont voir ailleurs. Mais la façon dont le choc iranien frappe beaucoup plus durement l'Europe et l'Asie montre que ces efforts restent largement insuffisants. Tant que la loi du plus fort domine, la meilleure chance de survie pour les puissances moyennes reste l'action collective.
La tribune du Financial Times plaide ainsi pour que les nations agissent en «meutes» plutôt qu'en proies isolées. Des coalitions de pays pourraient répondre aux menaces tarifaires, au lieu de laisser Donald Trump imposer des accords bilatéraux déséquilibrés. Une Europe plus unie sur le plan militaire et énergétique, ainsi que le développement de marchés financiers locaux capables de retenir une partie de l'épargne aujourd'hui aspirée par Wall Street, sont indispensables.
Tant que Donald Trump ne paiera pas, chez lui, un véritable prix pour ses guerres –commerciale ou militaire–, pourquoi changerait‑il de stratégie? D'après un sondage cité par la presse, près de 90% des électeurs se définissant comme MAGA soutiennent la campagne contre l'Iran. Quant à l'opposition démocrate, elle peine à se faire entendre: Donald Trump peut faire ce qu'il veut et il en profite.
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