Des extraterrestres émettent-ils des signaux radio depuis la planète K2-18 b? Des chercheurs sont allés écouter |
Des extraterrestres émettent-ils des signaux radio depuis la planète K2-18 b? Des chercheurs sont allés écouter
Clément Poursain – 25 février 2026 à 12h00
À l'aide de deux des radiotélescopes les plus puissants au monde, une équipe a passé au crible des millions de signaux afin de déterminer si une civilisation extraterrestre y émettait des ondes comparables à nos propres technologies.
Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur Universe Today
K2-18b, exoplanète vedette de ces dernières années, vient de passer un test très particulier: des astronomes ont littéralement tendu l'oreille pour savoir si une civilisation extraterrestre n'y diffusait pas de signaux radio artificiels. Située à 124 années-lumière dans la constellation du Lion, cette planète se trouve dans la zone habitable de son étoile naine rouge et semble entourée d'une atmosphère riche en CO₂ et en méthane, ce qui en fait une candidate de choix pour le statut de monde «hycéen», recouvert d'un vaste océan liquide sous une épaisse atmosphère d'hydrogène. Intrigante pour les exobiologistes, elle l'est tout autant pour les chasseurs de technosignatures, explique Universe Today.
Pour tenter de capter d'éventuels signaux, les chercheurs ont mobilisé deux des radiotélescopes les plus puissants du monde: le Karl G. Jansky Very Large Array (VLA), au Nouveau-Mexique, et MeerKAT, en Afrique du Sud. Une telle campagne d'observation coordonnée est extrêmement rare, tant ces instruments sont sollicités. L'idée: scruter pendant de longues heures la région du ciel où se trouve K2-18b pour y débusquer des signaux radio à bande étroite –le type de signaux que nous produisons nous-mêmes avec nos radars et grands émetteurs.
Mais dans ce genre de recherche, le matériel ne fait pas tout. L'étape cruciale, arrive ensuite avec les filtres logiciels qui, après l'observation, passent au crible des millions de signaux potentiels pour éliminer le bruit de fond. La plupart des signaux captés par ces antennes sont en réalité terrestres et viennent de satellites, de radars, et de communications diverses. Les astronomes ont donc misé sur des algorithmes sophistiqués, capables d'identifier ces intrus et de les écarter, avant même d'espérer tomber sur une trace venue d'une planète lointaine.
Les chercheurs détaillent ainsi une série de contraintes logiques appliquées aux données pour isoler d'éventuelles technosignatures. Première étape: masquer les bandes de fréquences polluées par les interférences connues d'origine humaine, un grand ménage qui a pour effet secondaire d'exclure la possibilité que des extraterrestres utilisent justement ces «mauvaises» fréquences. Ensuite, ils éliminent tous les signaux qui ne présentent aucun effet Doppler –cette légère dérive de fréquence due aux mouvements relatifs des planètes et des antennes, comparable au changement de son d'une sirène d'ambulance qui passe.
La traque des parasites
L'un des choix les plus discutables, mais nécessaires, concerne le rapport signal/bruit. Les scientifiques ont décidé de rejeter tous les signaux dont le rapport signal/bruit était inférieur à 10 ou supérieur à 100. En dessous, trop de faux positifs faibles; au-dessus, un risque élevé d'artefacts souvent vus par une seule antenne et non par le réseau complet. Cette coupure, pragmatique, pourrait certes faire passer à la trappe un signal extraterrestre discret, mais sans elle, la masse de «faux» signaux rendrait l'analyse totalement ingérable.
Résultat de cette batterie de filtres: malgré des millions de signaux bruts enregistrés, aucun n'a franchi toutes les étapes de tri. Aucune technosignature radio à bande étroite, typique d'une technologie comparable à la nôtre, n'a été détectée dans le système de K2-18b. Décevant pour les amoureux de science-fiction? Pas vraiment pour les chercheurs, qui rappellent que ce genre de «non-résultat» est indispensable puisqu'il permet d'établir des limites quantitatives sur ce qui pourrait exister dans notre univers.
En l'occurrence, tout ce que l'équipe montre avec cette étude, c'est que si une civilisation se trouve sur K2-18b, elle n'utilise pas, en direction de la Terre, un émetteur radio plus puissant que ce que produisait par exemple le grand radar d'Arecibo, aujourd'hui à l'abandon. Autrement dit, si des habitants de ce monde hycéen existent, ils ne sont pas en train de «hurler» dans notre direction avec des moyens radios massifs comparables aux nôtres. Ils pourraient être silencieux, utiliser d'autres technologies, ou simplement être moins évolués que nous.
L'autre grande conclusion du travail est méthodologique: cette campagne constitue une preuve de concept pour les systèmes de filtrage automatique. Passer manuellement au crible les millions de signaux détectés par deux grands radiotélescopes serait impossible. Les outils développés ici montrent qu'il est possible de traiter ce flot de données de manière robuste, en rejetant systématiquement la pollution sonore terrestre sans noyer une éventuelle anomalie intéressante.
C'est une étape indispensable avant l'arrivée de la prochaine génération d'observatoires radio, comme le Square Kilometre Array, qui généreront encore davantage de données. Les techniques testées sur K2-18b serviront alors de base à des sondages beaucoup plus ambitieux du ciel, multipliant les chances de tomber un jour sur une véritable technosignature.
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