Une «Troisième Guerre mondiale» est-elle à craindre et à quoi pourrait-elle ressembler?

Une «Troisième Guerre mondiale» est-elle à craindre et à quoi pourrait-elle ressembler?

Antony Dabila – 23 mars 2026 à 19h55

La peur d'une guerre nucléaire totale a longtemps dominé les analyses stratégiques. Mais un autre scénario se dessine: une guerre mondiale «sous le seuil», sans recours immédiat à l'arme nucléaire et causée par la multiplication et la mise en série des conflits armés.

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Depuis 1945 et le premier usage des explosifs nucléaires, une conviction a structuré la pensée stratégique occidentale: l'existence de ces «armes absolues» rend impensable toute guerre de conquête entre grandes puissances, rendant inviolable le territoire des États dotés de l'arme nucléaire. Ces derniers ne pouvaient donc plus s'affronter qu'indirectement, dans des guerres limitées, dont l'intensité n'atteindrait jamais la violence hyperbolique des deux premiers conflits mondiaux.

Pourtant, cette certitude s'est fissurée. En envahissant l'Ukraine, un pays dont elle avait pourtant garanti l'indépendance et la sécurité dans le cadre du mémorandum de Budapest en 1994, la Russie a utilisé son arsenal atomique comme bouclier (sans risquer d'implication directe des États-Unis) pour mener une guerre de conquête conventionnelle. Cette invasion russe a provoqué une profonde perturbation des mécanismes de dissuasion, dont les conséquences n'ont peut-être pas été pleinement diagnostiquées.

Un «seuil» nucléaire qui s'est déplacé

L'étendue de ce qu'il est possible de faire sous la «voûte nucléaire», sans en provoquer l'effondrement, s'est considérablement accrue. La guerre en Ukraine a démontré qu'un affrontement conventionnel de haute intensité, poursuivant des objectifs d'annexion territoriale explicites, pouvait se dérouler sans que la menace nucléaire ne soit activée, ni par l'agresseur pour protéger ses gains ni par les États soutenant la défense ukrainienne pour y mettre fin.

La notion de «seuil» nucléaire, telle que théorisée en 1960, supposait une ligne précise au-delà de laquelle la guerre atomique devenait certaine. Depuis le début de la guerre en Ukraine, cette notion ne peut plus être comprise de façon stricte. Dans la réalité, en effet, les comportements obéissent à des mécanismes plus complexes: il existe une zone d'incertitude, un espace intermédiaire où un nombre indéfini d'actes hostiles restent possibles sans pour autant mener automatiquement à l'escalade ultime.

Depuis cinq ans, les ruptures les plus significatives sont le fait des puissances nucléaires elles-mêmes. 

En d'autres termes, on constate une élévation du seuil à partir duquel le comportement de certains acteurs devient intolérable. Et c'est précisément cette élévation qui ouvre une fenêtre d'opportunité aux puissances «révisionnistes», c'est-à-dire souhaitant modifier les règles du système à leur avantage.

Par exemple, en utilisant la force pour annexer de nouvelles provinces et faire fi d'un principe cardinal des Nations unies: l'intangibilité des frontières. Selon ce principe-clé, les frontières ne peuvent être modifiées par la force et toute modification de leur tracé ne peut être fait que selon des limites administratives intérieures déjà existantes. Ce principe a notamment été appliqué lors des décolonisations et de la fin de l'URSS. Il n'avait connu que de rares exceptions en soixante-dix ans (le Tibet acquis par la Chine en 1950, le Cachemire, la frontière entre les deux Corées, les guerres israélo-arabes, Chypre-Nord).

Le retour des guerres de conquête

Nous voyons ici se dessiner le risque le plus sérieux: non pas une........

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