We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close
Aa Aa Aa
- A +

Dans les bas-fonds de l'humanité: l'antisémitisme (1ère partie)

11 0 0
19.02.2019
L’antisémitisme, ce mot terrible est un amalgame fait d’une fausse racine grecque (« anti » qui ne se traduit en effet pas par « contre » mais par « au lieu de ») et du mot sémite, désignation d’un groupe ethnique originaire d’Asie Occidentale et parlant des langues apparentées, groupe dans lequel on englobe les Juifs.

Ce vocable dont la paternité semble appartenir à Ernest Renan, traduit depuis la fin du XIXème siècle les sentiments d’aversion et de rejet que les peuples européens n’ont cessé de manifester à l’encontre de la minorité juive qui envers et contre tous a continué à affirmer avec ténacité et persévérance son identité, sans autrement se soucier des réactions hostiles d’une écrasante majorité de voisins.

Les causes de l’antisémitisme tiennent à la fois de la psychologie collective, de l’histoire et de l’économie. J’estime que les deux premières sont prépondérantes. Leurs racines se perdent dans la nuit des temps. Aussi faut-il des fois remonter loin pour bien fixer les événements générateurs.

*

Une remarque préliminaire, qui ne baigne pas dans l’optimisme, s’impose.

La nature encore toute primitive de l’homme, veut que les relations entre majorités et minorités soient toujours très difficiles. Elles sont faites de mépris si la minorité se trouve face à la majorité dans une obséquieuse résignation, ou alors de haine et de jalousie, si la minorité s’affirme avec force au sein d’une majorité qui n’accepte pas ses élans d’identification.

Si je dis que l’homme est toujours barbare, je pense au testament de Nikos Kazantzakis dans lequel ce grand auteur écrit que l’homme n’est pas la créature chérie, privilégiée de Dieu, que Dieu n’a pas soufflé sur lui ; qu’il est, lui comme les autres, un maillon de la chaîne infinie des animaux, petit-fils, arrière-petit-fils du singe et que si l’on gratte un peu notre peau, si l’on gratte un peu notre âme, on trouvera par-dessous notre grand-mère, la guenon. C’est une des explications majeures pour tous ces bas instincts si dangereux et si tenaces qu’on appelle racisme, antisémitisme, Sippenhaft.

*

1ère cause : Le refus et l’opposition violente par la majorité ambiante à la manifestation du droit à l’altérité de la minorité juive.

La minorité juive a dû opter très tôt pour son autonomie et son amour-propre. Elle avait à cœur de ne pas disparaître dans l’assimilation. L’histoire lui avait infligé in illo tempore, à une époque où on ne parlait pas encore de civilisation grecque, le fardeau de s’assumer et de s’affirmer dans un environnement hostile.

Il est essentiel pour une bonne compréhension des problèmes de remonter loin dans le temps. Certaines époques ont, en effet, tracé avec une particulière acuité les prémisses de la question qui nous préoccupe. Il importe de situer ces aspects chronologiques qui, curieusement, n’ont rien perdu en actualité.

En 722 avant Jésus-Christ, le royaume du nord avait été écrasé par l’armée des Assyriens et ses habitants, déportés, s’étaient trouvés pour la plupart absorbés par les envahisseurs.

Si le sort de Juda devait s’achever semblablement, c’est la nation entière qui s’éteindrait et le nom d’Israël aurait vécu.

En 586 le royaume de Juda subit un épouvantable désastre. Le temple fut réduit en ruines, son culte supprimé et la meilleure partie de la nation emmenée en captivité à Babylone.

C’est ici, moment historique capital entre tous, que fut posé le fondement de la survie du peuple juif, d’une existence dispersée entre les peuples. « Je vous donnerai » disait Ezéchiel « un cœur nouveau et je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous ».

A Babylone, les dirigeants juifs, aux prises avec l’angoisse de voir disparaître le peuple « creusèrent », nous apprend l’auteur Cohen dans son introduction au talmud, « aussitôt le problème de la survivance nationale. Esdras devait rendre sa vitalité à une communauté moribonde par la restauration de la Tora ». Je cite M. Cohen dans un passage absolument essentiel pour une profonde compréhension de la problématique en discussion : « Si donc la nation juive pouvait se maintenir, il lui fallait s’entourer d’une foi ardente qui lui fasse une frontière de feu. Il fallait au Juif une religion qui non seulement le distinguât continuellement des païens, mais qui lui rappelât sans cesse à lui-même qu’il était un membre du peuple juif.

Pour le distinguer de ses voisins, une simple croyance n’eût pas suffi ; il fallait toute une manière d’être : spécifique devait être sa façon d’adorer, typique sa maison ; jusque dans les actions ordinaires de l’existence quotidienne, certains traits distinctifs devaient constamment rappeler qu’il était juif. Le moindre détail de sa vie avait à subir le contrôle de la Tora, à se soumettre aux stipulations du code mosaïque et à leur mise en œuvre dans l’existence de la collectivité de son peuple, lorsque des conditions nouvelles exigeaient une modification.

Le sentiment d’appartenance nationale pouvait se nourrir constamment à la source des deux talmuds : le babylonien, le palestinien. La halakha allait doter la communauté dans son ensemble et chacun de ses membres individuels d’un code spécifique d’action répondant au but : maintenir vivante la conscience juive. Elle constituait le brise-lames du peuple. La halakha est le régime sur lequel le Juif en tant que Juif a vécu dans le passé et vivra toujours. Elle livre la réponse décisive à quiconque se demande comment une minorité a pu maintenir aussi longtemps ses caractères spécifiques sans jamais se laisser absorber par la majorité ambiante.

Le peuple juif s’est ainsi donné très tôt les instruments pour lutter efficacement contre l’assimilation. Il n’a jamais renoncé à leur emploi et a toujours réussi à survivre. Les instruments se révélaient d’une nécessité absolument vitale à l’époque de la diaspora.

Martin Noth a pu écrire dans son histoire d’Israël : A l’époque de la domination assyrienne, Israël avait partagé le sort de l’ensemble des peuples syro-palestiniens : la perte de l’indépendance politique, la dispersion, « et la déportation des classes aristocratiques. Mais aucun de ces peuples n’a pu conserver ses manières d’être et de vivre avec autant de fidélité qu’Israël ». Ce phénomène ne s’est produit qu’une fois dans l’histoire et l’on peut l’observer scientifiquement. Les Juifs ont toujours été des refuzniks, ainsi que l’a rappelé Simon Peres à l’occasion de l’Aliya de Ida Nudel.

C’est cette volonté toujours renouvelée de son altérité, de rester soi-même et donc différent des autres qui a nourri la haine et la violence de la majorité inquiète et jalouse de ses prérogatives de domination. L’autre trouvait dans l’étranger Juif son bouc émissaire. Il allait le charger de toutes les injustices de ce monde et curieux phénomène : l’hostilité de l’environnement non-juif constituera, dira Isaac Deutscher, le facteur de re-création et de réanimation permanentes de cette communauté.

Une des raisons majeures de l’antisémitisme tient donc dans ce réflexe primitif qu’il est inadmissible d’être autre que tous les autres. Le réflexe sera d’autant plus hostile que le minoritaire est comme en l’espèce intellectuellement et moralement avantagé.

Or le droit à l’altérité est un droit élémentaire absolu de l’homme, un droit qui en force et en intensité ne le cède en rien à celui d’être commun. Le jour où l’humanité aura compris l’absolue équivalence de ces droits, aura admis leur simultanéité et complémentarité, elle pourra fêter une grande victoire sur le front de libération de la guenon. Ce serait peut-être la fin des racismes sous toutes ses formes. Nous n’y sommes pas nonobstant toutes déclarations solennelles, conventions internationales, leçons administrées par l’histoire. Beaucoup de choses documentent hélas que le terme de........

© RTL