Le glaçant rapport d’autopsie de l’opposant russe Navalny rendu public

Dossier Navalny, l’anti-Poutine

Le glaçant rapport d’autopsie de l’opposant russe Navalny rendu public

Bureaucratique, précis, mais certainement réalisé sous contrainte, ce document laisse entrevoir quelques précisions importantes sur les conditions entourant la mort de l’opposant. 

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« Nous« Nous avons déjà ce document depuis un an et demi... Mais il m’était difficile d’imaginer qu’un journaliste puisse décider de le mettre en ligne », s’étonnait, lundi 9 mars, Maria Pevchikh, responsable de la communication des proches de l’opposant défunt Alexeï Navalny. Le très sérieux média d’investigation russe en exil Insider a pourtant pris le parti de diffuser, ce jour-là, des photos du corps de l’opposant reposant sur la table d’une morgue. La veuve de l’activiste, Ioulia Navalnaïa, a instantanément exigé la dépublication de ces photos au média, qui s’est exécuté.

C’est un groupe d’internautes russes anonymes qui est à l’origine de la fuite de ce rapport qui devait rester confidentiel et dont Mediapart a pu consulter les quelque 300 pages. « Deux ans se sont déjà écoulés depuis la mort d’Alexeï, mais le document principal n’avait pas été publié. Or, nous considérons qu’il est d’intérêt public », se justifient-ils auprès de Mediapart.

L’expertise a été écrite par 15 experts russes avec une ligne claire : accréditer la thèse d’une mort de l’opposant par un arrêt cardiaque causé par une multiplicité de comorbidités liées à son précédent empoisonnement. Les services russes, humiliés lors de l’empoisonnement raté de 2020, signifient ainsi – tout en se dédouanant – que la tentative d’assassinat de l’époque n’était peut-être pas, avec un peu de recul, l’échec relevé par la presse occidentale.

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Sur le fond, plusieurs détails interpellent. Des lésions sur la trachée de l’opposant et de nombreuses côtes cassées sont abondamment documentées dans le but de prouver que ces blessures sont la conséquence d’une tentative de réanimation et non d’une maltraitance. L’information a son importance. En 2020, victime d’un empoisonnement au Novitchok, l’opposant a survécu grâce à l’intervention de secouristes qui ignoraient tout de l’opération des services de renseignement.

Il s’était ensuite partiellement remis de cette tentative d’assassinat dans une clinique allemande, avant de faire un retour controversé en Russie.

Le 16 février 2024, alors qu’Alexeï Navalny venait de s’effondrer dans la cour de la colonie pénitentiaire arctique de Kharp, les secouristes locaux, des civils corruptibles, n’avaient vraisemblablement encore une fois pas été mis dans la confidence. Ils ont donc tenté de le réanimer pendant les trente-cinq minutes qui ont suivi son malaise. En vain. Le document révèle que « les muscles cardiaques ont commencé à souffrir plusieurs heures avant le décès », accréditant l’hypothèse des proches de l’opposant d’un empoisonnement survenu au moment du petit déjeuner.

De l’atropine au petit déjeuner

L’autopsie indique également la présence d’un médicament au rôle ambigu. Autrefois utilisée dans le soutien aux réanimations, l’atropine est surtout un antidote qui permet de bloquer partiellement le système nerveux et, ainsi, de faciliter un redémarrage du cœur lors d’un empoisonnement.

En février dernier, plusieurs laboratoires européens ont affirmé qu’Alexeï Navalny avait été tué dans sa cellule, empoisonné par une toxine rare appelée « épibatidine », que l’on ne retrouve que sur des grenouilles venimeuses d’Amérique du Sud. C’est un prélèvement exfiltré par la famille de l’opposant, certainement grâce à l’aide (rémunérée) d’un enquêteur, qui a permis à ces laboratoires européens d’enquêter indépendamment du pouvoir russe.

À la vue du rapport d’autopsie, la chose n’était pas gagnée d’avance : une fois le décès constaté, à 14 h 17, les enquêteurs se sont empressés de mettre sous scellés tout ce que l’opposant avait pu toucher dans la journée. On y voit des bocaux de nourriture, les restes de son petit déjeuner, des compresses, le contenu de son estomac, un « liquide incolore provenant d’une tasse » et surtout du vomi régurgité au moment du décès.

L’empoisonnement de 2020, jamais admis par le Kremlin, y est également brièvement mentionné par la présence de séquelles « d’une intoxication survenue en août 2020 ».

Si un empoisonnement perpétré sur un homme retenu dans sa minuscule cellule de l’Arctique n’est pas dur à imaginer, la thèse officielle ne dédouane pas plus le Kremlin : empoisonné en 2020 et quotidiennement maltraité dans sa colonie pénitentiaire, Alexeï Navalny souffrait au moment de son décès de 21 maladies et virus (pour certains courants et bénins) listés dans un passage glaçant.

De quoi, selon les experts russes, épuiser un cœur déjà bien fragile.

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