Minab et de Nabi Chit: silence, on massacre

Proche et Moyen-Orient — Parti pris

Minab et de Nabi Chit : silence, on massacre

Les massacres commis dans ces bourgs d’Iran et du Liban sont déjà plus que des crimes de guerre : les marqueurs d’une fuite en avant sanguinaire et d’un monde insensibilisé au pire, qui prétend libérer les femmes iraniennes en tuant leurs filles et honorer les morts en détruisant les vivants.

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DesDes tombes vues du ciel, creusées par dizaines, dans le petit cimetière subitement agrandi de la ville de Minab, située dans le sud-est de l’Iran, et à quelques dizaines de kilomètres seulement de Dubaï, la capitale du capitalisme autoritaire de notre XXIe siècle, installée sur la rive opposée du détroit d’Ormuz.  

C’est avec ces images satellitaires d’alignement de sépultures fraîches, en plus de fragments de vidéos montrant des parents éplorés à la recherche de leurs enfants dans des décombres poussiéreux percés seulement par les couleurs des cartables éventrés et des cahiers déchiquetés, qu’est d’abord apparue la frappe qui a pulvérisé, au premier jour de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis, une école de filles.

Une frappe selon toute probabilité états-unienne, comme l’a notamment attesté une enquête vidéo du New York Times, en dépit des dénégations douteuses du « Prix Nobel de la guerre » qu’est devenu Donald Trump.

Une frappe commise avec un missile Tomahawk, dont seul le Pentagone dispose, à quelques exceptions australiennes et britanniques près. Un missile dont le nom, si la situation n’était pas si tragique, ferait presque sourire, tant il raconte quelque chose de l’inconscient impérialiste et colonialiste des États-Unis qui se rejoue ad nauseam avec cette nouvelle guerre.

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Cela avait déjà été le cas lors de l’opération visant à assassiner Ben Laden, désigné sous le nom de code de « Geronimo » par une armée états-unienne qui semble toujours évoluer dans un monde où l’armement supérieur des cow-boys les autorise à éradiquer les non-Blancs.

Un imaginaire viriliste et destructeur dont Pete Hegseth, secrétaire d’État à la défense souhaitant renommer le Pentagone ministère « de la guerre », n’est que le dernier avatar bodybuildé.  

La guerre israélo-états-unienne actuelle est loin de prétendre se mener seulement au nom de la démocratie. Toutefois, au gré des justifications fluctuantes de ses initiateurs, l’insistance est régulièrement mise sur la volonté de mettre fin à un régime terroriste à l’extérieur et oppresseur à l’intérieur.

Les premières victimes du régime de terreur installé par les Gardiens de la révolution et le haut clergé chiite sont, on le sait, les femmes iraniennes. Mais on ne libère pas les femmes iraniennes en tuant leurs filles. Accepter cette logique constitue un scandale moral doublé d’une aporie politique.

Même si, à voir la résistance du régime iranien après décapitation, on peut entendre les arguments qui soulignent que Khamenei ne serait jamais tombé sans intervention extérieure, cette frappe sur une école de filles à Minab ne constitue pas une simple bavure. Elle est le produit des nouvelles lois de la guerre reformatées par les États-Unis et Israël, sur au moins trois plans.

Des frappes déshumanisées et déshumanisantes

Cette frappe emblématise d’abord, au moment même où la Dahiya réelle – nom donné aux quartiers sud de Beyrouth à majorité chiite – est réduite en poussière par l’aviation israélienne, l’extension de la « doctrine Dahiya » formulée par........

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