menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Municipales à Paris: ces questions gênantes sur la corruption que Rachida Dati esquive

19 3246200
13.03.2026

Transparence et probité

Municipales à Paris : ces questions gênantes sur la corruption que Rachida Dati esquive

Lors de cette campagne municipale, Rachida Dati a refusé de participer à tout débat avec ses adversaires et a pu, ainsi, éviter de nombreuses questions sur la douzaine d’affaires mettant en cause sa probité. Elle a aussi asséné de nombreuses contrevérités.

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

RachidaRachida Dati aura esquivé tous les débats. France Info, LCI ou CNews ont tous jeté l’éponge face au refus catégorique de la candidate Les Républicains (LR) d’affronter ses rivaux en lice pour briguer la mairie de Paris.

Jusqu’au bout, BFMTV a cru y arriver. Le 7 mars dernier, la chaîne annonce un débat exclusif entre tous les candidats, avant de vite rétropédaler. Rachida Dati refuse encore, craignant de s’exposer « à un pugilat ». La chaîne prévoit finalement une « soirée spéciale » où tous les candidats seraient réunis le temps d’exposer, chacun leur tour, leurs ambitions pour Paris. Tout est finalement annulé pour cause, officiellement, de guerre en Iran. 

Agrandissement : Illustration 1

En refusant toute confrontation démocratique, Rachida Dati aura aussi esquivé de nombreuses questions. Sur son programme, son bilan et ses aspirations. Mais aussi et surtout sur son principal boulet : ses nombreuses mises en cause pour atteinte à la probité. 

Fait inédit en effet, si Rachida Dati gagnait l’élection le 22 mars prochain, la prochaine maire de Paris serait jugée six mois plus tard, en septembre 2026, pour corruption et trafic d’influence et pourrait perdre son mandat municipal en cas de condamnation assortie d’une peine d’inéligibilité immédiate.

Lors de ses nombreuses sorties médiatiques pourtant, pas un intervieweur n’a rappelé le problème éthique que peut susciter la candidature d’une personne renvoyée pour un tel procès. Personne n’a rien dit non plus des autres affaires qui pèsent sur elle.  

Tous n’y ont vu qu’une question de modalité et l’ont seulement interrogée sur la possibilité qu’elle soit élue en mars puis déchue en cas de condamnation à une peine d’inéligibilité. « Qu’allez-vous faire en cas de condamnation si vous êtes à la mairie de Paris ? », interroge Ici Paris. « Est ce que vous avez anticipé un scénario ? », demande TF1, quand France Info préfère sonder ses émotions : « Ça vous blesse qu’on mette en cause votre probité, Rachida Dati ? »

Ces faibles interrogations ont ainsi permis à l’ex-ministre d’éviter bien d’autres questions plus gênantes. Rien en effet ne lui a été demandé sur le fond de cette affaire Renault et ces 900 000 euros perçus, rien non plus sur ses liens avec GDF-Suez et les 300 000 euros qu’elle aurait perçus par l’entreprise gazière. Aucun intervieweur ne l’a questionnée non plus sur l’enquête ouverte visant une possible dissimulation de 400 000 euros de bijoux à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), lui offrant la possibilité de dérouler ses éléments de langage, quitte à multiplier de nombreuses contrevérités. 

« Cette procédure, personne ne la connaît ! » 

« Cette procédure, personne ne la connaît ! » 

C’est sa réponse systématique. Dès qu’elle est interrogée sur son procès pour corruption, Rachida Dati s’agace en expliquant que ni les Parisiens ni les journalistes ne connaissent le sujet. « Cette procédure, personne ne la connaît ! », a-t-elle déclaré sur Ici Paris. « Moi, je n’ai rien à me reprocher. Il n’y a aucun élément aujourd’hui, a-t-elle ajouté sur France Inter. Personne ne connaît rien de ce dossier. » 

Rachida Dati a beau le répéter, ce dossier est connu et facile à connaître. Il a d’ailleurs été rendu public par Mediapart, mais aussi par l’AFP, Le Parisien, Le Monde et Le Nouvel Obs. Dans l’ordonnance des juges d’instruction, elle aussi relayée par la presse, on trouve un aperçu des graves accusations qui planent sur la candidate. 

De quoi s’agit-il ? Après six ans d’enquête, les magistrats estiment que Rachida Dati a été payée par Renault-Nissan à partir de 2009, pendant qu’elle était députée européenne, pour remplir une activité de lobbyiste, pourtant formellement interdite par le Parlement européen. En clair, elle est accusée d’avoir servi secrètement et contre rémunération les intérêts d’une entreprise privée. 

À l’occasion de plusieurs perquisitions, la justice a retrouvé des documents accablants. Des notes de son assistante à la mairie du VIIe arrondissement, par exemple, laissant penser que Rachida Dati dissimulait plusieurs contrats : « Mandats ; vaudrait mieux ne pas stipuler le nombre d’heures car difficile à gérer 4 mandats à 300 h + député + maire. GDF SUEZ et AREVA sont concurrents revoir contrat dernière page », pouvait-on lire sur un cahier retrouvé à la mairie du VIIe arrondissement. 

Agrandissement : Illustration 3

Si la candidate dit n’avoir rien à se reprocher, ce n’est pas l’avis des magistrats. Dans son réquisitoire, le parquet dénonce bel et bien « un pacte de corruption » entre elle et Carlos Ghosn, patron de Renault à l’époque et également renvoyé en correctionnel. Tant que l’affaire n’a pas été jugée, elle reste présumée innocente. 

« C’est un litige privé, un contrat d’avocat »

« C’est un litige privé, un contrat d’avocat »

Toujours sur le sujet, Rachida Dati minimise en expliquant qu’il ne s’agit pas d’argent public et que c’est un litige privé. C’est inexact si, comme le pensent les juges d’instruction, son activité visait à utiliser son mandat de députée pour aider une entreprise privée. Et de toute façon, cela ne rend pas moins graves les accusations qui sont passibles de dix ans de prison, 450 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. 

Lors de plusieurs interviews, Rachida Dati explique aussi qu’un contrat d’avocat la liait à Renault et sous-entend qu’il s’agirait d’un litige accessoire. « Quand on dit “corruption”, ce n’est pas de l’argent public [...] C’est de l’argent privé, j’ai pas tapé dans la caisse, c’est un litige privé », justifie-t-elle sur France Inter. Il n’empêche, la corruption, dans la loi, implique bien « une personne dépositaire de l’autorité publique ».

« La question, c’est de savoir si je pouvais défendre une entreprise en étant au Parlement européen », insistait-elle sur France Inter. Or, si elle a toujours expliqué être l’avocate de Renault et avoir perçu 900 000 euros pour défendre l’entreprise, ce n’est absolument pas la thèse du parquet ni des juges d’instruction. « Les seules véritables prestations qui peuvent être mises au crédit de Mme Dati » sont celles d’une lobbyiste, peut-on lire dans le réquisitoire définitif. « Le titre d’avocat[e] de Mme Dati n’a été recherché que pour contourner l’interdiction qui pesait sur elle d’exercer une activité de conseil », souligne le parquet.

Selon les magistrats, elle a été rémunérée par la firme automobile pour « conseiller le groupe Renault dans la promotion de ses droits et de ses intérêts auprès du Parlement européen », « poser des questions écrites et prendre des positions favorables à Renault au sein du Parlement », et « user de son influence réelle ou supposée pour mener des actions de lobbying en faveur du groupe Renault au Parlement européen ». L’enquête a par ailleurs montré tout le travail que son assistante à la mairie du VIIe, pourtant payée par la ville de Paris, pouvait effectuer pour servir ses intérêts privés. 

« Les personnes concernées n’ont jamais été entendues »

« Les personnes concernées n’ont jamais été entendues »

« C’est un contrat d’avocat et les personnes concernées n’ont jamais été entendues dans ce dossier », a aussi affirmé Rachida Dati pour esquiver le sujet sur Ici Paris. C’est faux. Comme Mediapart a pu le vérifier, de très nombreux protagonistes ont été entendus par la justice pendant les six ans d’enquête, à commencer par l’entourage de l’ex-ministre, qui a pu certifier qu’elle n’avait pas commis d’infraction.

Des dizaines de témoins, des dirigeants politiques, des cadres de Renault ont également été entendus. Même Carlos Ghosn, pourtant en fuite au Liban, a été auditionné à plusieurs reprises. Mais le dossier s’appuie aussi sur de nombreux documents retrouvés en perquisition et de nombreux témoignages mettant en cause la candidate à la mairie de Paris. 

« Je ne suis pas mise en cause pour GDF » 

« Je ne suis pas mise en cause pour GDF » 

Questionnée sur ses liens avec l’entreprise GDF Suez, une autre affaire révélée par Le Nouvel Obs et « Complément d’enquête », Rachida Dati a vivement démenti. « Alors on va arrêter tout de suite, je ne suis pas mise en cause là-dedans, a-t-elle balayé sur RTL. Est-ce que j’ai été auditionnée ? Est-ce que j’ai été placée en garde à vue ? Est-ce que je suis mise en examen ? Il faut arrêter. Je ne suis pas concernée. »

Si elle n’est effectivement pas mise en examen à l’heure actuelle, elle est tout de même concernée par cette  nouvelle enquête pour « corruption ». La justice cherche notamment à savoir si elle a bien perçu 300 000 euros de l’entreprise gazière, et si oui pourquoi, alors qu’elle a toujours démenti tout lien financier avec cette société. « Je n’ai pas de contrat avec eux », jurait-elle en 2015 sur BFMTV .

Rachida Dati également attaquée pour atteinte à la vie privée

Selon les informations de Mediapart, Rachida Dati sera jugée en septembre dans l’affaire Renault-Nissan, mais est aussi attaquée en justice en mai prochain pour une autre affaire. Elle est en effet citée à comparaître pour une première audience civile le 27 mai 2026 devant la 17e chambre du tribunal de Paris pour « atteinte au droit à l’image » et au « respect de la vie privée ». 

En campagne pour les municipales en décembre, la candidate s’était rendue dans deux campements parisiens de personnes sans abri pour dénoncer « une zone de non-droit » et diffuser les images sur ses réseaux sociaux. Comme Mediapart l’a révélé, elle avait diffusé l’image de personnes alors que ces dernières avaient exprimé leur refus d’être filmées. Son équipe avait aussi fait passer comme sans-abris des personnes qui n’en étaient pas. 

Après la publication de notre article, Rachida Dati avait reçu une mise en demeure pour retirer cette vidéo et indemniser ces personnes pour le préjudice subi. « Ni Madame Dati ni son équipe de campagne n’ont apporté la moindre réponse ni formulé la moindre proposition d’indemnisation, dénonce Me Pierre-François Rousseau, l’avocat de deux victimes. Si la vidéo litigieuse a depuis lors été retirée, cette suppression tardive demeure insuffisante à réparer les atteintes déjà causées. »

Plusieurs perquisitions ont d’ailleurs été menées le 18 décembre à son domicile mais aussi à la mairie du VIIe arrondissement de Paris et au ministère de la culture par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). 

« Je n’ai pas voulu  faire fermer WikiDati »

« Je n’ai pas voulu  faire fermer WikiDati »

Pour y voir plus clair sur ses nombreuses mises en cause, Kevin Gernier, membre de l’ONG anticorruption Transparency International, a créé WikiDati, un site recensant la douzaine d’affaires judiciaires dans lesquelles Rachida Dati est citée.

Peu de temps après sa mise en ligne, le militant a dénoncé des tentatives de l’équipe de Rachida Dati de faire fermer son site, notamment par son directeur de campagne, Jérôme Sterkers. « Non, pas du tout », a fermement contesté l’élue sur France Info.  Dans un mail que s’est procuré Mediapart, son directeur de campagne exigeait pourtant bien le 2 mars dernier auprès de l’hébergeur OVH « de procéder au retrait de ce site dans les meilleurs délais ». 

« Il y a une affaire qui est ouverte sur les notes de frais à la mairie de Paris » 

« Il y a une affaire qui est ouverte sur les notes de frais à la mairie de Paris » 

À chaque fois qu’elle est interrogée, enfin, Rachida Dati riposte en évoquant les note de frais d’Anne Hidalgo, révélées par Mediapart, et celles du maire PS du XVIIIe arrondissement de Paris, affirmant qu’une enquête a été ouverte par le parquet. « Il y a une affaire qui est ouverte sur les notes de frais à la mairie de Paris, rétorquait-elle ainsi sur RTL. Les notes de frais, c’est légal mais ça dépend pourquoi vous les utilisez. Si vous les utilisez à titre personnel comme il a été démontré par exemple pour le maire du XVIIIe arrondissement, où il se paie ses vêtements ou son coiffeur en vacances, non, ça n’est pas légal. Il faut arrêter d’instrumentaliser. »

Contrairement à ce qu’elle affirme, le parquet n’enquête pas sur les notes de frais de la maire de Paris mais sur son voyage polémique à Tahiti d’octobre 2023.

Ce qu’elle ne dit en revanche jamais, c’est que plusieurs de ses colistiers à elle ont également été mis en cause pour un usage abusif de leurs notes de frais. Jean-Pierre Lecoq (en dixième place sur sa liste) a été épinglé pour s’être fait rembourser des achats qui n’avaient rien à voir avec son mandat, comme des maillots de bain, des chaussures pour femmes ou des vêtements achetés dans des boutiques de luxe à Londres ou à New York. En douzième position sur la liste de Rachida Dati, Philippe Goujon, maire LR du XVe arrondissement, a lui aussi été mis en cause pour des frais de bouche avoisinant les 50 000 euros. 

Partager en copiant le lien de la page Le lien vers la page a été copié Partager la page via les fonctionalités de votre appareil

Le lien vers la page a été copié

Découvrez les newsletters de Mediapart

Recevez directement l’info de votre choix : Quotidienne, Hebdo, Alerte, À l’air libre, Écologie, Enquête …

Depuis le 29 juin 2025, notre confrère Christophe Gleizes, journaliste pour Society et So Foot, est emprisonné en Algérie.

Nous ne l’oublions pas et réclamons sa libération.

En savoir plus sur #FREEGLEIZES

Aujourd’hui sur Mediapart

France — Enquête Un associé de la femme de Christian Estrosi mis en cause par Antton Rouget et Ellen Salvi

Un associé de la femme de Christian Estrosi mis en cause

par Antton Rouget et Ellen Salvi

Extrême droite À Paris, sous le manteau jaune de Sarah Knafo, l’extrême droite la plus radicale par Pauline Graulle et David Perrotin

À Paris, sous le manteau jaune de Sarah Knafo, l’extrême droite la plus radicale

par Pauline Graulle et David Perrotin

Europe Le glaçant rapport d’autopsie de l’opposant russe Navalny rendu public par Paul Gogo

Le glaçant rapport d’autopsie de l’opposant russe Navalny rendu public

Défense et diplomatie Contre les drones iraniens, les États-Unis et leurs alliés en appellent à l’Ukraine par Justine Brabant

Défense et diplomatie

Contre les drones iraniens, les États-Unis et leurs alliés en appellent à l’Ukraine

Proche et Moyen-Orient Le double siège de Téhéran par Jean-Pierre Perrin

Proche et Moyen-Orient

Le double siège de Téhéran

par Jean-Pierre Perrin

Depuis le 29 juin 2025, notre confrère Christophe Gleizes, journaliste pour Society et So Foot, est emprisonné en Algérie.

Nous ne l’oublions pas et réclamons sa libération.

En savoir plus sur #FREEGLEIZES

Proche et Moyen-Orient — Parti pris Dubaï sous les bombes, la fin des illusions par Romaric Godin

Proche et Moyen-Orient — Parti pris

Dubaï sous les bombes, la fin des illusions

Proche et Moyen-Orient — Parti pris Trump et Nétanyahou : les rois de la jungle, et leur loi par Joseph Confavreux et Fabien Escalona

Proche et Moyen-Orient — Parti pris

Trump et Nétanyahou : les rois de la jungle, et leur loi

par Joseph Confavreux et Fabien Escalona

Droite Atteintes à la probité et proximité avec l’extrême droite : les CV gênants des colistiers de Rachida Dati à Paris par David Perrotin et Ellen Salvi

Atteintes à la probité et proximité avec l’extrême droite : les CV gênants des colistiers de Rachida Dati à Paris

par David Perrotin et Ellen Salvi

Violences sexistes et sexuelles — Enquête Affaire Epstein : des mails et virements bancaires interrogent le rôle du recruteur de mannequins Daniel Siad par François Bougon et Marine Turchi

Violences sexistes et sexuelles — Enquête

Affaire Epstein : des mails et virements bancaires interrogent le rôle du recruteur de mannequins Daniel Siad

par François Bougon et Marine Turchi

Cinéma Le « Chant des forêts » primé aux César : l’émerveillement est-il un levier pour l’engagement ? par Amélie Poinssot

Le « Chant des forêts » primé aux César : l’émerveillement est-il un levier pour l’engagement ?


© Mediapart