En Grèce, trois ans après la catastrophe ferroviaire de Tempé, une parodie de justice

En Grèce, trois ans après la catastrophe ferroviaire de Tempé, une parodie de justice

En 2023, la collision a fait 57 morts et traumatisé le pays. Lundi 23 mars, un procès hors norme s’ouvre. Mais après une instruction minée par les ingérences du gouvernement, les proches des victimes déplorent que les vrais responsables manquent à l’appel.

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AthènesAthènes (Grèce).– Deux ans et demi d’enquête, 36 accusé·es, 55 familles, 250 avocat·es, plus de 360 témoins et quelque 60 000 pages d’instruction… C’est un procès hors norme qui s’ouvre lundi 23 mars à Larissa, dans le centre de la Grèce. Trois ans après la catastrophe ferroviaire de Tempé, le pays s’apprête à juger la tragédie la plus marquante de son histoire récente : la collision de deux trains, qui a fait 57 mort·es le 28 février 2023.

Dans la société grecque, pourtant, plus personne ou presque ne s’attend à ce que ce procès accomplisse sa fonction : rendre justice. Si le premier ministre, Kyriákos Mitsotákis, affirme que « l’une des instructions les plus vastes et complexes du pays a été menée, avec une enquête complète sur les preuves et les responsabilités », les familles de victimes – et les Grec·ques en général – n’en croient pas un mot.

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« En tant que citoyen grec, j’ai honte, vraiment honte de ce que j’ai vu et de ce que j’ai eu à affronter », expliquait début mars Antónis Psarópoulos, lors d’un rendez-vous fixé à la sortie d’une audience du tribunal d’Athènes. Avocat de profession, ce quadragénaire écume les salles d’audience depuis la tragédie pour représenter les proches de victimes, dont il fait lui-même partie. Sa fille, Mártha, a perdu la vie dans la collision.

L’homme a acquis une certitude : les autorités judiciaires « ont reçu des pressions du gouvernement » pour minimiser les responsabilités d’alliés politiques et de grandes entreprises, alors que le « crime » de Tempé a révélé l’état dramatique du réseau ferroviaire grec. Laissé à l’abandon après des décennies de sous-investissement, il était à la merci d’une catastrophe, comme l’ont martelé à de multiples reprises les cheminots grecs. 

« Rien ne fonctionnait »

Ce soir du 28 février 2023, un train de voyageurs reliant Athènes à Thessalonique entre donc en collision avec un train de marchandises, peu après avoir quitté la gare de Larissa, à 350 kilomètres au nord de la capitale grecque. Le choc, d’une violence inouïe, est suivi d’une immense boule de feu de 80 mètres de hauteur et de plusieurs incendies secondaires. Les wagons de tête sont totalement écrasés, d’autres carbonisés. Cinquante-sept personnes meurent, en majorité des étudiant·es, et 180 autres sont blessées.

Trois ans après les faits, la chaîne des événements qui ont conduit à la collision ne fait plus guère de doute. Le chef de gare de Larissa, seul et inexpérimenté, a commis une erreur d’aiguillage qu’aucun système automatisé n’a pu corriger. Deux trains ont circulé sur la même voie en sens inverse pendant douze minutes sans que le système ferroviaire, rendu aveugle par des années de coupes budgétaires et de choix politiques désastreux, s’en aperçoive. 

« En clair, rien ne fonctionnait au moment de Tempé », rappelait récemment Kóstas Genidoúnias, président du syndicat des conducteurs et conductrices de train grec.........

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