Racisme, antisémitisme, sexisme, homophobie: le RN n’a toujours pas fait le ménage dans ses rangs

Extrême droite — Data

Racisme, antisémitisme, sexisme, homophobie : le RN n’a toujours pas fait le ménage dans ses rangs 

Une fois encore, le Rassemblement national a investi aux municipales des dizaines de candidats ayant tenu des propos xénophobes, sexistes ou homophobes. Le parti d’extrême droite continue pourtant de se prétendre intransigeant vis-à-vis de ses membres problématiques.

Alexandre Berteau, Donatien Huet et Youmni Kezzouf

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LeLe Rassemblement national (RN) l’a dit, redit, martelé : tout serait mis en place, dans la perspective des élections municipales de 2026, pour passer au crible les candidatures et éviter de reproduire le fiasco des législatives anticipées de 2024. Le parti d’extrême droite avait alors investi des dizaines de candidat·es qui avaient tenu des propos racistes, antisémites ou LGBTphobes.

« Chaque personne est vérifiée, survérifiée », promettait à l’été 2025 l’eurodéputé Aleksandar Nikolic, chargé de vérifier les profils des candidat·es aux scrutins. La formation de Jordan Bardella a abondamment communiqué sur son choix de faire contrôler par une entreprise spécialisée les comptes sur les réseaux sociaux, et a revendiqué préférer « la qualité à la quantité » de listes déposées.

La presse a pourtant continué, tout au long de ces derniers mois, de révéler des dizaines de profils problématiques de candidat·es investi·es ou soutenu·es par le RN. Sans que cela pose trop de problèmes au parti. Son président a beau se draper dans une exemplarité de façade, revendiquant une intransigeance totale vis-à-vis de celles et ceux qui « tiennent des propos qui ne sont pas conformes à la ligne politique, aux valeurs ou à la déontologie du RN », la réalité est bien différente.

Mediapart, Libération, StreetPress, Les Jours mais aussi de nombreux titres de presse locale ont ainsi révélé les propos xénophobes, homophobes ou sexistes de dizaines de candidat·es qui porteront les couleurs de la formation d’extrême droite les 15 et 22 mars. Loin d’être exhaustif, le recensement qui suit ne se penche que sur les têtes de liste, susceptibles d’être élu·es maires à la fin du mois de mars.

Nathalie Aubert Colmar (Haut-Rhin) Nathalie Aubert n’est pas une inconnue : candidate à la mairie de Colmar, elle avait déjà été épinglée lors des législatives pour avoir publié en 2023, sur son propre compte Facebook, un montage affichant la couverture de l’album Tintin au Congo à côté d’une photo d’une embarcation de migrants noirs, légendée « Le Congo chez Tintin » et accompagnée d’un émoji hilare. Elle a finalement supprimé ce post après sa révélation par la presse.

Nathalie Aubert n’est pas une inconnue : candidate à la mairie de Colmar, elle avait déjà été épinglée lors des législatives pour avoir publié en 2023, sur son propre compte Facebook, un montage affichant la couverture de l’album Tintin au Congo à côté d’une photo d’une embarcation de migrants noirs, légendée « Le Congo chez Tintin » et accompagnée d’un émoji hilare. Elle a finalement supprimé ce post après sa révélation par la presse.

Fernand Beauvillain Pugnac (Gironde) À Pugnac, le RN est représenté par Fernand Beauvillain. Selon les révélations des Jours, celui-ci a multiplié ces dernières années les publications racistes sur Facebook. Avec une obsession marquée pour le nombre de joueurs noirs dans l’équipe de France de football. En2024, il partage ainsi la publication suivante à ses abonné·es sur Facebook : « Vous rêvez pas… C’est ça le remplacement des Français. Plus que 2 sur 11… Il a déjà bien commencé… Quelle honte. » Il « aime » également de nombreux commentaires haineux, comme celui-ci, adressé à Kylian Mbappé : « Vive la France, Mbappé doit être content de voir cette équipe de France, prenez vos fusils et boum. » Questionné par le site d’information, il a reconnu que « quelques publications […] ont pu être maladroites ou mal interprétées », tout en trouvant qu’il est « regrettable de constater qu’une certaine presse manque cruellement de recul ou de sens de la dérision ».

À Pugnac, le RN est représenté par Fernand Beauvillain. Selon les révélations des Jours, celui-ci a multiplié ces dernières années les publications racistes sur Facebook. Avec une obsession marquée pour le nombre de joueurs noirs dans l’équipe de France de football. En2024, il partage ainsi la publication suivante à ses abonné·es sur Facebook : « Vous rêvez pas… C’est ça le remplacement des Français. Plus que 2 sur 11… Il a déjà bien commencé… Quelle honte. » Il « aime » également de nombreux commentaires haineux, comme celui-ci, adressé à Kylian Mbappé : « Vive la France, Mbappé doit être content de voir cette équipe de France, prenez vos fusils et boum. » Questionné par le site d’information, il a reconnu que « quelques publications […] ont pu être maladroites ou mal interprétées », tout en trouvant qu’il est « regrettable de constater qu’une certaine presse manque cruellement de recul ou de sens de la dérision ».

Brice Bernard Chambéry (Savoie) À Chambéry, le RN a choisi d’investir Brice Bernard, qui avait été photographié en 2013 en train de faire une « quenelle », geste à connotation antisémite popularisé par Dieudonné. Sur une autre photo postée la même année sur son compte Facebook, il posait en imitant une personne asiatique, baguettes en main.

À Chambéry, le RN a choisi d’investir Brice Bernard, qui avait été photographié en 2013 en train de faire une « quenelle », geste à connotation antisémite popularisé par Dieudonné. Sur une autre photo postée la même année sur son compte Facebook, il posait en imitant une personne asiatique, baguettes en main.

Gauthier Bouchet Donges (Loire-Atlantique) À Donges, Gauthier Bouchet n’est pas un inconnu. Figure locale du RN dont il est délégué départemental et conseiller régional, il est aussi un admirateur de nombreux dictateurs et un fervent soutien de Vladimir Poutine. Militant nationaliste, fils d’un cadre de la mouvance nationaliste révolutionnaire exclu du FN par Marine Le Pen, il dissertait aussi sur les différentes races d’être humain sur son compte Facebook, et avait l’insulte homophobe facile, comme l’a révélé Les Jours.

Donges (Loire-Atlantique)

À Donges, Gauthier Bouchet n’est pas un inconnu. Figure locale du RN dont il est délégué départemental et conseiller régional, il est aussi un admirateur de nombreux dictateurs et un fervent soutien de Vladimir Poutine. Militant nationaliste, fils d’un cadre de la mouvance nationaliste révolutionnaire exclu du FN par Marine Le Pen, il dissertait aussi sur les différentes races d’être humain sur son compte Facebook, et avait l’insulte homophobe facile, comme l’a révélé Les Jours.

Sébastien Burdeau Saint-Soupplets (Seine-et-Marne) Sébastien Burdeau, candidat du RN à la mairie de Saint-Soupplets, partage sur son compte X une grande quantité de propos radicaux de l’écrivain racialiste Renaud Camus ou du militant identitaire Julien Rochedy. En 2024, il relaie des propos de Donald Trump considérant que « la France a eu tort en interdisant la peine de mort ». Il diffuse également les propos complotistes d’Elon Musk, qui accuse la gauche de fraude électorale, et considère le « wokisme » comme une « maladie insidieuse qui ronge l’Occident et le monde libre ».

Saint-Soupplets (Seine-et-Marne)

Sébastien Burdeau, candidat du RN à la mairie de Saint-Soupplets, partage sur son compte X une grande quantité de propos radicaux de l’écrivain racialiste Renaud Camus ou du militant identitaire Julien Rochedy. En 2024, il relaie des propos de Donald Trump considérant que « la France a eu tort en interdisant la peine de mort ». Il diffuse également les propos complotistes d’Elon Musk, qui accuse la gauche de fraude électorale, et considère le « wokisme » comme une « maladie insidieuse qui ronge l’Occident et le monde libre ».

Frédéric Cabrolier Albi (Tarn) Le candidat est le père d’un des leaders de Patria Albiges, un groupuscule identitaire violent, dont plusieurs membres ont déjà été condamnés pour des agressions et dont il soutient le combat. Lorsque son fils a été poursuivi pour provocation à la haine raciale (il a été condamné en première instance en décembre 2023), l’ancien député avait notamment dénoncé en sa qualité de parlementaire « une procédure politique ». Le groupe Patria Albiges fait l’objet d’une procédure de dissolution par le ministère de l’intérieur, a-t-on appris le 23 février.

Le candidat est le père d’un des leaders de Patria Albiges, un groupuscule identitaire violent, dont plusieurs membres ont déjà été condamnés pour des agressions et dont il soutient le combat. Lorsque son fils a été poursuivi pour provocation à la haine raciale (il a été condamné en première instance en décembre 2023), l’ancien député avait notamment dénoncé en sa qualité de parlementaire « une procédure politique ». Le groupe Patria Albiges fait l’objet d’une procédure de dissolution par le ministère de l’intérieur, a-t-on appris le 23 février.

Jean-Paul Camerano Grasse (Alpes-Maritimes) Candidat du RN à Grasse, Jean-Paul Camerano a créé une boucle WhatsApp pour sa campagne, dans laquelle ont été publiés plusieurs messages racistes, à l’image de celui-ci, révélé par Les Jours : « Grasse est gangrenée par cette racaille arabo-musulane qui se croit tout permis... le vieux Grasse ressemble plus à “babeloued” de part sa population, qu’à une ville Maralpine, se lâche-t-il. La victoire est non seulement souhaitable mais vitale !!! » Certains messages ont été likés par le candidat. Quand........

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