Nitzan Horowitz : "Israël-Liban, choisir enfin la paix" |
Je me suis engagé dans l’armée israélienne, Tsahal, en pleine guerre du Liban, celle que l’on appellera plus tard en Israël la « Première Guerre du Liban ». C’était au début des années 1980. À l’époque, j’étais correspondant pour la station de radio militaire Galeï Tsahal et je sillonnais le Liban, y compris dans des zones où l’armée israélienne n’était pas présente.
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À cette période, le Liban était dirigé par le président Amine Gemayel, élu après l’assassinat de son frère Bachir par des émissaires syriens. Le président, à l’instar de son frère avant lui, était tourné vers l’Occident, il était parvenu à un accord avec Israël visant à mettre fin à l’état de guerre qui persistait depuis 1948. Cet accord ambitionnait de normaliser les relations tout en respectant l’intégrité territoriale des deux parties : un retrait israélien du sol libanais d’un côté, et l’engagement libanais à empêcher toute activité terroriste depuis son territoire de l’autre.
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Si les partisans de l’accord parlaient d’une nouvelle ère pour la région, ses détracteurs affirmaient qu’il avait été imposé par la pression militaire israélienne. Quoi qu’il en soit, l’accord s’est effondré quelques mois seulement après sa signature, victime de la désintégration de l’armée libanaise et du refus de la Syrie de retirer ses troupes.
L’accord a été officiellement annulé en mars 1984, tandis que l’ingérence syrienne au Liban s’intensifiait. Parallèlement, Israël a créé la « zone de sécurité » au Sud-Liban, s’appuyant sur l’Armée du Liban Sud (ALS) – une milice locale opérant sous l’égide de Tsahal depuis la fin des années 1970. Cette situation, génératrice d’incidents incessants, a perduré jusqu’en l’an 2000, date à laquelle le Premier ministre Ehoud Barak a ordonné un retrait total et définitif. L’ALS s'est délité, laissant le champ libre au Hezbollah pour s’implanter, ce qui a mené à la « Deuxième Guerre du Liban » en 2006.
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À ce moment-là, j’étais chef du service international de la chaîne Channel 13. J’ai couvert intensément le conflit ainsi que les tractations pour le cessez-le-feu. Si ces arrangements ont apporté un calme relatif le long de la frontière, le Hezbollah a repris ses positions à proximité immédiate de la frontière quelques années plus tard.
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Plus récemment, en tant que ministre au sein du gouvernement Bennett-Lapid, notre cabinet a approuvé l’accord sur le gaz entre Israël et le Liban, qui définissait également la frontière maritime. J’espérais que cet accord soit le premier pas vers une normalisation, d’autant qu’il ne restait quasiment plus de contentieux territorial entre les deux pays. Mais la présence massive du Hezbollah au Sud-Liban demeurait un obstacle majeur.
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La « Troisième Guerre du Liban », qui a éclaté au lendemain du 7 octobre 2023, je l’ai vécue en tant qu’habitant de la Galilée. Pendant plus d’un an, les affrontements ont fait rage, entraînant pour la première fois l’évacuation de toutes les localités israéliennes proches de la frontière. En novembre 2024, un cessez-le-feu a été obtenu sous une médiation américaine vigoureuse, mais celui-ci a également échoué. Nous voici aujourd’hui face à la « Quatrième Guerre du Liban ».
Pourtant, contrairement au passé, une réelle opportunité de paix israélo-libanaise s’offre à nous, capable de mettre fin à ce cycle interminable de guerres. Le gouvernement libanais actuel, sous la direction du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam, a exprimé publiquement un intérêt profond à désarmer le Hezbollah et à neutraliser la menace que l’organisation fait peser sur la souveraineté libanaise. Israël, évidemment, aspire au même objectif.
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Cependant, la stratégie israélienne actuelle – prise de contrôle de territoires au Sud-Liban, destruction de villages et déplacements massifs de populations – n’est pas la voie à suivre. C’est une erreur fondamentale qui ne fera que précipiter les deux pays dans le même abîme que les guerres précédentes. Le sort de la « nouvelle zone de sécurité », évoquée par certains au gouvernement et dans l’appareil sécuritaire, sera identique à celui de l’ancienne. Quant aux discours de l’extrême droite israélienne sur l’établissement de colonies au Sud-Liban, ils relèvent d’un délire dangereux.
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La seule façon de marginaliser le Hezbollah est d’agir de concert avec le gouvernement libanais, soutenu par un appui régional et international solide. Cette fois, il ne faut pas viser un simple cessez-le-feu, mais un changement de paradigme politique. La leçon des guerres passées et de l’histoire de nos relations avec les autres pays arabes est claire : seul un traité de paix complet – reconnaissance mutuelle, coopération sécuritaire, relations économiques, délimitation précise des frontières et libre circulation des personnes et des biens – peut garantir la stabilité. C’est ce modèle qui a permis aux traités de paix avec l’Égypte et la Jordanie de perdurer depuis des décennies, malgré les bouleversements régionaux.
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Cette semaine, des discussions directes entre représentants israéliens et libanais se tiennent à Washington. C’est une étape positive. Espérons qu’elles marquent le début de négociations pour une paix totale, afin de ne pas nous retrouver, dans peu de temps, face à une cinquième guerre du Liban.
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Cette tribune est publiée dans le cadre du partenariat de Marianne avec le groupe de dialogue judéo-arabe Shalom Salam Jaffa. Elle est à lire ici, en français, en anglais et en espagnol.