"Séparer Églises et État a été un combat de la gauche, y compris la plus radicale, et pas uniquement en France"

Les cent vingt ans de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 ont suscité de nombreux commentaires, provoquant des controverses sur la définition et les contours de la « laïcité à la française ». Comme dix et vingt ans plus tôt, difficile de trouver un consensus à gauche. À lire certains, tout cela serait avant tout un débat franco-français que l’on regarderait avec amusement à l’étranger. Pourtant, l’idée de séparation des Églises et de l’État a été un combat de la gauche, y compris de sa frange la plus radicale, et pas uniquement en France.

On l’a dit et répété : la loi de décembre 1905 ne parle pas de « laïcité » mais de « séparation ». C’est vrai, et cela montre à merveille combien ce combat pour séparer les Églises et l’État n’était pas que français. En effet, alors que certains s’époumonent pour nous convaincre qu’une telle mesure n’est qu’une gauloiserie, restituons quelques faits. En 1891 à Erfurt, dans l’est de l’Allemagne industrielle, le Parti social-démocrate d’Allemagne (le SPD qui a gardé ce nom jusqu’à nos jours) tient un congrès dont sort un programme politique essentiel.

Ce « programme d’Erfurt » à l’époque, tout le mouvement ouvrier européen ou presque s’en inspire. Marqué par le marxisme, il prône la lutte de classes mais aussi la lutte parlementaire. Surtout un de ses points (le sixième) l’affirme avec netteté : « La religion déclarée chose privée. Suppression de toutes........

© Marianne