Dans le bar Situation Room à Washington, "la mort n’est plus représentée en direct, elle est monétisée"
Avez-vous un problème avec le réel ? Moi, oui. Je l’avoue. Déformation professionnelle peut-être, ou profession nécessitant déformation. Si tant est que l’on puisse considérer l’écriture de romans comme une « profession ». Dès l’enfance, le choix entre fiction et réel fut vite fait. Sans regrets. Romans et films ont été mes premières vies parallèles. Ensuite, vint l’écriture.
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En grandissant et en me « numérisant » au même rythme que le reste du monde, une sensation étrange s’est pourtant immiscée en moi : celle que la société entière prenait la même tangente. Aujourd’hui encore, voir tous ces visages tournés vers leur écran digital, absents au monde extérieur autant qu’à leur entourage direct, provoque chez moi un malaise d’autant plus déroutant que je m’y reconnais. J’y vois la volonté d’être partout sauf ici. Une envie de s’absenter, que j’ai depuis la cour de récré. La civilisation entière aurait-elle décidé de prendre racine dans ce terreau que j’ai toujours considéré comme intime ?
En y regardant de plus près, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas du même arbre, mais plutôt de son excroissance malade. À la base, j’y retrouve une tendance que j’ai toujours eue : préférer à une réalité décevante sa version plus attrayante. Poser sur la vie une narration qui lui donnerait plus d’allure. Ou en tout cas davantage de sens. Films, romans et séries ont toujours accompli cette fonction dans nos vies : le temps d’une lecture, d’un épisode, d’une séance de cinéma, on y trouve un espace pour rêver, oublier que l’on est soi. Cela peut s’accomplir dans un temps circonscrit et........
