Qui doit s’assurer de la disponibilité de l’électricité?

EXPERT INVITÉ. Le gouvernement du Québec a récemment déposé à la Régie de l’énergie le Rapport préliminaire en vue de l’établissement du Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE). Le PGIRE a l’ambition de guider les choix du Québec pour réaliser la transition énergétique.

Dans ce rapport préliminaire de 94 pages, différents scénarios de demande et d’offre sont analysés. Dans tous ces scénarios, la consommation d’énergie en 2050 diminue dans les secteurs du transport et des bâtiments — mais augmente dans le secteur industriel.

Le gouvernement a demandé à la Régie de l’énergie de se prononcer sur la disponibilité de l’énergie: «assurer un approvisionnement continu et stable en énergie, à court et à long terme». La Régie a jusqu’au 1er avril pour partager son avis au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE).

Une question se pose: jusqu’à quel point est-il souhaitable que le gouvernement, et sans doute Hydro-Québec, s’assure de cet approvisionnement continu et stable, à court et à long terme?

Est-il raisonnable que les risques de développement de nouvelles infrastructures énergétiques soient portés par tous, pour des bénéfices essentiellement dirigés vers de nouvelles industries?

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Capacité du gouvernement à faire de bons choix industriels

S’il est important que le gouvernement ait une politique industrielle pour orienter le développement de l’économie, il est aussi périlleux de lui laisser choisir les compagnies ayant accès à l’électricité, ou non.

C’est pourtant ce qu’il se passe actuellement: le gouvernement autorise le raccordement des projets qui demandent une puissance de 5MW ou plus. Six critères sont mis de l’avant: capacité technique du réseau, retombées économiques, effets environnementaux, retombées sociales, développement régional et cohérence gouvernementale.

Des projets comme celui de Northvolt se sont vu attribuer, puis retirer, 352MW de puissance.

Évidemment, tous les choix ne seront pas des succès. Mais qu’est-ce qui qualifie le gouvernement pour faire ces choix? Être élu démocratiquement devrait donner le pouvoir d’arbitrer entre un projet A ou un projet B?

S’il y a un marché pour de nouvelles industries, comme celles des batteries ou des centres de données, pourquoi ces industries ne seraient-elles pas responsables de s’approvisionner en électricité?

Conséquences pour les autres consommateurs

Si le flot de nouveaux projets industriels que le PGIRE prévoit pour le Québec se réalise, il faudra rendre beaucoup d’électricité disponible: entre 54 et 146TWh de plus en 2050, qui s’ajouteront aux 200TWh consommés actuellement. Évidemment, ces ajouts dépendent des scénarios de demande.

Dans le scénario de demande intermédiaire, c’est +60TWh pour l’industrie et +30TWh pour le transport. Pour les bâtiments, la demande électrique reste stable, en grande partie grâce aux gains d’efficacité énergétique.

L’enjeu de ces augmentations de production est que les nouvelles capacités de production vont coûter plus cher que les anciennes. Si le bloc patrimonial est à 3,3¢/kWh, les contrats postpatrimoniaux d’Hydro-Québec sont à 11,7¢/kWh. Tous les ajouts coûtent donc beaucoup plus cher… Et font monter le coût moyen.

Avec l’approche tarifaire au coût moyen, tout le monde paie une partie de la facture des nouveaux branchés. Mais avec le plafonnement des hausses des clients résidentiels à 3%, ce sont surtout les tarifs commerciaux et industriels qui vont augmenter, à 4,8%.

Cela devrait à terme détériorer l’interfinancement, qui réduit le prix payé par les clients résidentiels et augmente celui payé par les autres consommateurs.

En somme, non seulement le gouvernement s’approprie le droit de choisir les industries qui ont droit à l’électricité, mais il transfert le risque à tous les autres consommateurs.

Il n’y a strictement aucune imputabilité.

Ouvrir la production et la vente d’électricité

La solution: ouvrir la production et la vente d’électricité et se diriger vers un prix basé sur le coût marginal de production.

Il faut une plus grande ouverture de la production et de la vente d’électricité. Le monopole d’Hydro-Québec était justifié avant, il ne l’est plus dans le contexte de surconsommation actuel et de multiplication des technologies de production et de stockage.

Chacun devrait être responsable de trouver ses sources d’approvisionnement et de payer pour ceux-ci. C’est la norme pour les produits pétroliers, le gaz naturel, et presque tous les produits que nous consommons.

Même Hydro-Québec reconnaît que le prix doit changer: elle l’a demandé pour les centres de données. C’est 13¢/kWh, basé sur le coût marginal de production.

C’est ainsi que sont valorisées les entreprises en bourse, selon la valeur des dernières transactions, pas sur le coût moyen des transactions historiques.

Il faut avoir le courage de changer et de mettre le bon prix sur notre énergie. Cela nous enrichira à travers les innovations d’un marché plus ouvert, les profits accrus d’Hydro-Québec, et une consommation plus raisonnée.


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