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Voici la prochaine Révolution tranquille à l’Assemblée nationale

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EXPERT INVITÉ. En tant qu’entrepreneur, j’ai le réflexe d’analyser la société comme j’analyse une entreprise. Après tout, que l’on travaille d’arrache-pied pour vendre un produit à un client ou pour vendre une idée à un électeur, les concepts de base se ressemblent. Bâtir une équipe solide et engagée, se concentrer sur les besoins du client, planifier stratégiquement, suivre le budget de près, savoir innover et s’adapter est aussi bon pour l’homme d’affaires que pour le politicien.

Depuis quelques mois les annonces de départ de députés ou de ministres s’accumulent. François Legault, Christian Dubé, Geneviève Guilbault, Jonathan Julien, André Lamontagne, Suzanne Roy, Sonia Lebel, Andrée Laforest et plusieurs autres à la CAQ, sans oublier Marwah Rizqy, Gabriel Nadeau-Dubois, Vincent Marissal et j’en passe.

Certains quittent un bateau qui coule, d’autres par scandale ou pour des raisons familiales, la plupart partent désillusionnés et épuisés de leur expérience en politique. En affaires, l’entreprise qui voit certains de ses plus hauts dirigeants et de ses employés clés partir en même temps envoie un signal inquiétant. Pourquoi ne sommes-nous pas plus nombreux à être préoccupés face à cet exode?

Plusieurs me répondront qu’être député ou ministre est éreintant. Entre les nombreux soupers spaghettis, les longues heures de travail, les guerres de clochers avec l’opposition, la jungle des réseaux sociaux, l’insatisfaction permanente des électeurs, la pression constante des médias… Je l’admets: il existe des emplois moins exigeants. Malgré tout, je persiste à voir ces départs comme un signal d’alarme.

Face à ce constat, plusieurs questions doivent se poser. Est-ce en raison des conditions de travail, de leadership, de valeurs? En voyant ce qu’est devenue la joute politique à Québec, le constat est clair: c’est un problème de culture.

Tout comme dans une entreprise, vous avez beau offrir les plus beaux bureaux et les meilleures conditions, si la culture ne séduit pas vos talents, ils partiront tous voir ailleurs un jour ou l’autre. C’est exactement ce qui se passe en ce moment à Québec. Il y a deux semaines, le député solidaire Haroun Bouazzi (qui ne se représentera pas lui non plus!) se faisait reprocher d’avoir dénoncé l’environnement toxique à l’Assemblée nationale. Selon ses propres mots, le mensonge, l’intimidation et la manipulation y sont bien présents. Il a rapidement rectifié ses propos, mais il ne suffit que d’écouter quelques minutes de débats en chambre ou de lire certaines publications d’élus sur les réseaux sociaux pour admettre qu’il n’a pas totalement tort.

Jamais, je n’accepterai dans mon entreprise que des collègues ne se parlent de la sorte. Jamais je ne laisserai des employés tirer à boulets rouges envers qui que ce soit comme le font certains élus et même certains ministres.

Une question existentielle se pose. Sommes-nous encore capables de travailler ensemble pour le bien commun? Bien que je comprenne l’idée derrière les différents partis politiques et les différentes visions que l’on peut avoir pour le Québec, j’ai bien peur qu’en ayant comme unique objectif de battre l’autre camp, on oublie parfois de bâtir le Québec.

Ce n’est pas normal que l’on voie plusieurs personnes de talents entrer en politique avec de grandes ambitions et l’espoir de bâtir un meilleur Québec pour ensuite rapidement découvrir les lignes de parti, les calculs électoraux, les jeux de pouvoir et finalement en sortir cyniques quelques années plus tard.

Non. Je ne vois pas la vie en rose. J’ose juste espérer que l’on réalise que le système actuel pousse les élus à défendre leur parti… Plutôt que le Québec. Et ça, on ne peut pas l’accepter.

Dans mon entreprise, je valorise au plus haut point les échanges d’idées, les débats constructifs et les compétitions entre différentes équipes. Je reconnais l’importance d’avoir autour de la table une diversité d’opinions, j’incite même parfois à ce que l’on pousse encore plus loin nos discussions enflammées.

Cependant, ce qui est le plus important à mes yeux, c’est qu’en équipe, on peut être en désaccord sur les moyens, mais pas sur la finalité. Et si la prochaine révolution politique au Québec, ce n’était pas un nouveau parti, de nouvelles promesses, mais une nouvelle culture? Une culture où collaborer avec les autres partis n’est pas vu comme une trahison, où faire des compromis n’est pas perçu comme un signe de faiblesse, où l’opposition n’est pas ton ennemi et où l’avenir du Québec et l’amélioration de la vie des citoyens sont l’ultime priorité commune.


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