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Harry Moser, un Américain d’exception!

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EXPERT INVITÉ. Je commence maintenant mes chroniques en vous rappelant dans quel mois trumpien nous sommes. Eh bien, on est déjà rendus au quatorzième figurez-vous donc, et il este encore huit mois avant les élections de mi-mandat aux États-Unis, en novembre. Cet évènement pourrait, espérons-le, ralentir les ardeurs du locataire de la Maison-Blanche. Cela reste à voir.

Je connais l’Américain Harry Moser depuis une dizaine d’années. Je l’ai invité au Québec et il nous a rendu visite deux fois plutôt qu’une. Lors d’un grand événement d’affaires, il a même été interviewé par le premier ministre du Québec d’alors, Philippe Couillard.

De dire qu’il est passionné pour la cause de la relocalisation des entreprises manufacturières en sol américain serait un euphémisme.

Il s’agit de sa mission de vie!

L’homme est modeste, mais acharné. Son style est franc et direct. Il prêche la bonne parole de la relocalisation depuis près de 20 ans et les résultats sont au rendez-vous.

Sous sa gouverne, plus de deux millions d’emplois sont de retour en sol américain et, comme le «lapin energizer», il est infatigable. Je me plais à le qualifier de «Godfather of reshoring», soit la figure incontournable du mouvement de relocalisation, ce qui le fait bien rire.

Lors de l’une de ses visites au Québec, je croyais avoir eu une idée de génie en réservant deux places de rêve pour l’allocution de la démocrate Hillary Clinton au Palais des Congrès. Une fois assis, je lui exprime ma grande satisfaction d’avoir eu la brillante idée de l’inviter à l’allocution d’une candidate à l’élection présidentielle de 2016, ici à Montréal.

Et il me répond du tac au tac: «Louis, je suis républicain!» 

Une des fois où j’ai eu l’air le plus fou…

Comment un seul homme a changé USA inc.

Voyons de plus près son œuvre. Harry Moser a été le PDG de l’entreprise de machines-outils GF Machining Solutions, pour l’Amérique du Nord, pendant 25 ans.

Il a ensuite fondé en 2010 la «Reshoring Initiative», une organisation sans but lucratif avec comme mission simple et unique de rapatrier cinq millions d’emplois manufacturiers aux États-Unis.

À l’époque, Harry déplorait l’effondrement du secteur manufacturier aux États-Unis au profit de la Chine. Il jugeait que les manufacturiers américains qui délocalisaient leurs activités de production prenaient des décisions basées sur des calculs erronés.

Par conséquent, il s’est empressé de mettre à leur disposition un outil fiable d’aide à la prise de décisions: l’estimateur du coût total de possession. Cet outil permet de tenir compte de certains paramètres importants qui étaient souvent ignorés par les entreprises.

On parle ici des frais de transport et de douanes, des vols de propriété intellectuelle, des répercussions des délais de livraison ainsi que les risques géopolitiques. Comme quoi produire à l’étranger dans des pays à faibles coûts n’est pas toujours moins cher.

Grâce à lui, on ne parle plus de la même façon de la délocalisation, de la résilience des chaînes d’approvisionnement et de la compétitivité du marché domestique américain.

Son leadership et son audace ont profondément influencé les politiques publiques aux États-Unis ainsi que les stratégies corporatives et l’évolution à long terme du secteur manufacturier aux États-Unis.

Facteurs critiques de succès

Pour lui, la réindustrialisation de l’économie américaine nécessitera des investissements majeurs en formation et en requalification des travailleurs ainsi qu’en technologies d’automatisation avancées.

Pour ce faire, il contribue à l’éclosion d’un écosystème de fournisseurs critiques afin de redonner à l’industrie américaine son lustre d’antan.

Les États-Unis semblent jouer dans le même film que nous avec une pénurie de main-d’œuvre sévère et des départs à la retraite massifs de travailleurs qualifiés difficilement remplaçables.

L’urgence de former des millions de travailleurs américains pourrait freiner à elle seule l’élan de la relocalisation. Les emplois manufacturiers non pourvus aux États-Unis se chiffraient à 2,1 millions d’emplois en 2023, selon les données de la Reshoring Initiative (2023 Reshoring Data Report).

La chute recherchée du dollar américain par l’administration américaine actuelle rendra encore plus compétitive les exportations américaines. C’est la même chose pour le tristement célèbre «One big beautiful bill», un loi budgétaire adoptée en 2025, qui rendra les manufacturiers américains encore plus compétitifs.

Conseiller d’Obama, Biden et Trump

L’homme modeste qui ne carbure pas à la célébrité collectionne pourtant les honneurs.

Conseiller à la présidence sous les démocrates Barack Obama et Joe Biden et le républician Donald Trump, il est toujours resté au-dessus de la partisanerie politique.

Il a été intronisé au Temple de la renommée manufacturier de la publication «IndustryWeek». De plus, récemment, l’Association for Manufacturing Technology (AMT) l’a honoré avec le prestigieux prix Albert W. Moore pour son leadership et son impact sur l’économie américaine.

Comme me disait Harry, «relocaliser n’est pas un geste patriotique, mais la décision corporative la plus rentable à long terme pour une entreprise manufacturière».


© Les Affaires