Guerre au Moyen-Orient: ce que cela pourrait changer pour votre hypothèque
Un texte de Jean-Pascal Blangez, courtier hypothécaire
LES IDÉES DES AFFAIRES. La semaine dernière, un client m’a posé une question très simple: « Jean-Pascal, est-ce que je devrais attendre avant de verrouiller mon taux? »
Au même moment, les médias parlaient d’une escalade militaire en Iran et les marchés obligataires commençaient déjà à bouger.
Pour lui, c’était d’abord une question d’hypothèque; pour moi, la réponse exigeait aussi de comprendre les implications géopolitiques.
Aujourd’hui, un choc au Moyen-Orient peut, par le truchement du pétrole et de l’inflation, peser sur les taux et donc, sur vos paiements hypothécaires à Montréal.
Depuis deux ans, ce genre de question revient constamment dans mon bureau. Les clients ne demandent plus seulement où vont les taux. Ils veulent comprendre pourquoi ils bougent.
Dans une économie mondialisée, les marchés financiers réagissent en temps réel aux tensions internationales. Et lorsque les marchés bougent, les taux d’intérêt suivent souvent rapidement.
Le détroit d’Ormuz semble très loin de Montréal jusqu’à ce que votre renouvellement hypothécaire vous coûte 400$ de plus par mois.
Pourquoi l’Iran fait trembler les marchés
L’Iran occupe une position stratégique dans l’économie mondiale. Ce n’est pas seulement un acteur politique important dans la région: c’est aussi un joueur majeur du marché du pétrole et du gaz naturel.
Tout près se trouve le détroit d’Ormuz, un corridor maritime par lequel transite une part importante du pétrole mondial.
Dans un tel contexte, la simple possibilité d’une escalade militaire suffit souvent à faire réagir les marchés.
Même sans interruption réelle de la production, l’incertitude peut faire grimper les prix du pétrole.
Et lorsque le pétrole augmente, l’effet domino commence:
transport plus coûteux
production plus chère
prix à la consommation en hausse
Bref, l’inflation peut repartir.
Et lorsque l’inflation repart, les banques centrales entrent en scène.
Inflation, banques centrales et hypothèques
Lorsque l’inflation s’accélère, les banques centrales doivent agir. Leur mandat est de maintenir la stabilité des prix.
Au Canada, l’outil principal pour y parvenir est le taux directeur de la Banque du Canada.
On l’a vu très clairement ces dernières années. Après la pandémie et les nombreuses perturbations économiques mondiales — notamment la guerre en Ukraine — les banques centrales ont relevé leurs taux à un rythme rarement observé depuis plusieurs décennies.
Les taux hypothécaires ont suivi.
Pour plusieurs ménages, la hausse a été brutale.
Une augmentation d’environ 1% des taux d’intérêt peut réduire le pouvoir d’achat immobilier d’un acheteur d’environ 10%.
Mais depuis l’escalade récente des tensions au Moyen-Orient, les marchés obligataires ont déjà commencé à réagir. Les rendements des obligations du Canada ont grimpé d’environ 25 à 30 points de base en quelques jours.
Et lorsque les obligations montent, les taux hypothécaires fixes suivent généralement le mouvement.
Mais la réalité des marchés est un peu plus complexe.
Parce que la géopolitique agit parfois dans deux directions opposées.
Les taux fixes: le baromètre de la peur
Contrairement à une idée très répandue, les taux hypothécaires fixes n’attendent pas les conférences de presse de la Banque du Canada.
Ils vivent au rythme des marchés obligataires.
Lorsqu’un investisseur prête de l’argent à long terme, il veut être compensé pour le risque d’inflation. Si les marchés anticipent plus d’inflation, les rendements des obligations montent.
Et lorsque ces rendements montent, les taux hypothécaires suivent.
Mais il existe aussi le phénomène inverse.
En période de forte incertitude mondiale — guerre, crise financière ou panique boursière — les investisseurs cherchent la sécurité. Ils se ruent vers les obligations gouvernementales jugées sûres.
Ce phénomène est connu sous le nom de «flight to quality»: la fuite vers la qualité.
Lorsque cela se produit, la demande pour les obligations augmente, leurs rendements baissent et les taux fixes peuvent diminuer.
Autrement dit, la géopolitique a deux visages:
L’inflation qui se traduit par des taux en hausse
La peur qui se traduit par des taux en baisse
Tout dépend de ce qui domine dans l’esprit des marchés.
Une chose est certaine: les banques surveillent les obligations de très près.
Si les rendements changent, les prêteurs ajustent leurs taux presque immédiatement. Dans des périodes de volatilité, certaines institutions peuvent même modifier leurs taux plusieurs fois dans une même semaine.
Dans un marché nerveux, un tweet, un missile ou une statistique d’inflation peut influencer le taux que vous signerez pour les cinq prochaines années.
En clair: votre taux hypothécaire ne dépend pas seulement de la Banque du Canada.Il dépend aussi de la façon dont les marchés interprètent l’actualité mondiale.
Les taux variables: le tempo de la Banque du Canada
Les taux variables, eux, suivent directement les décisions de la Banque du Canada.
Si un conflit international fait grimper durablement les prix de l’énergie, l’inflation pourrait rester élevée.
Dans ce cas, la banque centrale pourrait retarder les baisses de taux que plusieurs espèrent voir arriver.
Pour les ménages qui ont une hypothèque variable, cela peut signifier des paiements plus élevés pendant plus longtemps.
La portée concrète sur les ménages
Dans mon travail, je constate souvent que les gens perçoivent les taux hypothécaires comme un phénomène purement local. La réalité est différente.
Notre marché immobilier est profondément connecté à l’économie mondiale.
Chaque hausse de taux réduit la capacité d’emprunt des acheteurs. Une augmentation d’un seul point de pourcentage peut faire baisser le budget d’achat de plusieurs dizaines de milliers de dollars.
Pour les propriétaires qui devront renouveler leur hypothèque dans les prochaines années, l’impact peut être encore plus concret.
Entre 2020 et 2022, de nombreux ménages ont signé des prêts à des taux historiquement bas.
Le renouvellement pourrait raconter une tout autre histoire.
Ne laissez pas la géopolitique dicter votre budget
La réalité est simple: l’économie moderne ne connaît pas de frontières.
Un baril de pétrole qui s’enflamme au Moyen-Orient peut réduire votre capacité d’emprunt à Montréal en quelques heures.
Mais la volatilité n’est pas seulement une menace, c’est aussi un signal pour les gens prévoyants.
En finance, l’attente est souvent la stratégie la plus coûteuse.
Votre bouclier: le gel de taux
Face à l’incertitude internationale, la meilleure stratégie reste l’anticipation.
Que votre renouvellement soit prévu dans six mois ou que vous soyez en train de chercher une propriété, il existe une solution simple: le gel de taux.
Verrouiller un taux aujourd’hui, c’est comme prendre une police d’assurance gratuite.
Si les taux baissent, vous en profiterez.Mais s’ils montent à cause d’un choc économique ou géopolitique, vous serez protégé.
Dans un monde où les marchés réagissent en quelques minutes aux tensions internationales, protéger son hypothèque devient une décision stratégique.
Parce qu’aujourd’hui, ce qui influence votre paiement hypothécaire à Montréal peut commencer par un événement à 10 000 kilomètres d’ici.
