Pourvu que je puisse consommer encore plus!
EXPERT INVITÉ. Le gouvernement de la CAQ se soucie du vrai monde et des vrais problèmes! Depuis quelques semaines déjà, tant Christine Fréchette que Bernard Drainville disent tenir une course à la chefferie qui s’intéresse au vrai monde et aux vrais problèmes.
Laissez-moi en douter… juste un peu!
À croire que la pénurie de la main-d’œuvre n’existe pas depuis des années. À croire que le droit à la déconnexion n’est qu’un mythe. À croire qu’on n’est pas en train d’étouffer ou de tuer nos PME québécoises en mettant un terme au PEQ. À croire que l’équilibre, travail et vie professionnelle ne sont qu’un concept abstrait datant du siècle passé. À croire que le télétravail, en réaction à la COVID-19, n’a pas fait ses preuves!
Pour les ténors de la CAQ, les gens veulent dépenser de l’argent, ou du moins, c’est ce que le gouvernement souhaite nous faire croire.
En pleine incertitude économique, principalement attribuable à la guerre tarifaire, les entreprises veulent survivre et celles qui survivent veulent être profitables et, pour y parvenir, le statu quo n’est plus la solution.
Ainsi, gouvernement et entreprises misent sur des travailleurs qui n’ont pas de vie.
Puisque les jeunes ne sortent plus dans les bars, ils doivent trouver la vie insupportable. Donc, ils voudront mettre leur vie sur pause et travailler.
Puisque le décrochage scolaire est toujours aussi populaire chez nos jeunes; aussi bien leur donner la possibilité de gagner de l’argent de poche.
Puisqu’il y a de plus en plus de familles monoparentales peinant à joindre les deux bouts, aussi bien leur offrir la possibilité de travailler au salaire minimum et de s’endetter pour faire garder leurs enfants.
Puisqu’il y a trop de personnes retraitées qui semblent s’ennuyer, aussi bien repousser l’âge de la retraite et offrir des incitatifs à ces personnes pour qu’elles sacrifient davantage de temps au travail. Ainsi, le gouvernement repousse ses paiements de vieillesse.
On comprend mieux pourquoi on trouve des excuses pour mettre fin au télétravail, comme le fait de restimuler l’activité économique au centre-ville de Montréal. On veut vendre des bobettes, des crèmes et toutes sortes de choses dont nous n’avons pas besoin ou que nous sommes capables d’acheter en ligne.
Ces jours-ci, alors que nous attendons toujours les résultats de son projet pilote lancé le 2 octobre dernier, le ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises, Samuel Poulin, a décidé d’élargir ce projet pilote et de permettre à tous les détaillants du Québec d’ouvrir leurs portes de 6h à 21h du lundi au dimanche dès le 11 mars prochain.
Enfin, des trombones sont disponibles à 6h le dimanche matin! Moi qui en rêvais depuis des années!
Habituellement, les emplois dans le secteur de la vente et du commerce au détail offrent des salaires qui sont rarement supérieurs au salaire minimum. Et ces emplois sont de plus en plus occupés par des adolescents ou de jeunes adultes.
Ainsi, à compter du 11 mars prochain, les commerçants, sur une base volontaire, pour ne pas dire obligatoire, pourront offrir des heures flexibles s’étendant de 6h à 21h en tout temps.
Moi qui attendais ce moment avec impatience afin de consommer de l’essence, de polluer davantage la planète, de contribuer aux embouteillages et de favoriser le capitaliste afin de m’acheter un stylo Bic à 1.40$ un mardi soir à 20:56!
Pensez-vous vraiment que les commerçants ne nous refileront pas la facture?
Pensez-vous vraiment que les jeunes se précipiteront pour aller travailler chez un détaillant un lundi soir? Que les femmes monoparentales feront la ligne pour travailler dans les rayons des cosmétiques dans une pharmacie un dimanche soir? Croyez-vous vraiment que la SAQ augmentera ses profits en faisant travailler des employés chèrement payés et conventionnés un mercredi matin à 6:00 pour palier à un faux besoin de consommation ou à une mauvaise planification du consommateur?
Votre vie était-elle vraiment ruinée, puisque vous ne pouviez pas vous acheter une paire de bas de laine les lundis soir? Aviez-vous vraiment écrit une lettre à votre député pour avoir la possibilité d’acheter une pelle un dimanche soir d’été ?
Le commerçant qui voit ses profits fondre, oui!
Les concessionnaires automobiles éclairant leur salle d’exposition toute la nuit me laissent dubitatif. La nuit, ces concessionnaires consomment plus à eux seuls que bien des pays. Au moins, en y ajoutant deux employés et aucun client, on se sentira moins mal de tuer la planète à petit feu, tout ça au nom de la consommation.
On blâme les gouvernements de rater leur cible de réduction des gaz à effet de serre et de rater leur cible pour contrer le réchauffement de la terre. Pendant ce temps-là, je peux au moins me procurer un bien essentiel, ne pouvant pas attendre, comme une ceinture en similicuir un lundi soir.
Le gouvernement veut notre bien et les commerçants veulent notre argent, et ils l’auront!
Mais, où trouveront-ils leurs employés?
Ce n’est qu’un détail…
En 1984, on délaissait Dieu, puisque la Cour suprême du Canada juge inconstitutionnelle la Loi sur l’observance du dimanche.
En 1990, on délaissait les églises pour les épiceries.
En 2026, on peut enfin dépenser l’entièreté de notre chèque de paie pour le plus grand bien des commerçants et du gouvernement, et ce, 24/7!
Pourvu que vous soyez prêts à payer la facture.
