Les douze travaux de Charles Milliard |
EXPERT INVITÉ. Les vices de construction sont rarement visibles. Il faut habituellement une inspection pour les identifier. Le temps doit habituellement faire son œuvre pour voir apparaître les défauts. Lorsque l’on se fait donner les clés, on fait avec ce que la maison nous donne. À nous d’entreprendre les rénovations et de faire le ménage pour la mettre à notre goût; pour se l’approprier; et pour lui donner nos couleurs et notre personnalité.
Ce n’est pas tellement différent dans le merveilleux monde du travail lorsque se pointe un nouveau directeur ou un nouveau propriétaire. Les meubles sont déjà là. Les problèmes sont déjà là. Ils sont connus ou méconnus, mais nous savons tous qu’il y en a. Les bons employés ont leur façon de faire et leur habitude. Les employés méritant un peu plus d’attention ont leurs limites et leurs défis. La culture est déjà en place, et les objectifs d’affaires suivent leur cours ou doivent être revus.
Nous, les employés, faisons avec. Nous, les employés, devons aussi nous adapter au nouveau dirigeant. Lui dit-on la vérité ou bien peinturons-nous les défauts le temps qu’il s’acclimate et prenne le contrôle de certains dossiers? Le prévenons-nous immédiatement de l’existence d’employés difficiles ou contestataires, ou bien attendons-nous qu’il les découvre lui-même?
Pour sa part, le nouveau patron, afin de se faire accepter ou de rapidement faire ses marques, doit-il accepter et travailler avec ce qui existe déjà, ou est-il préférable qu’il le remette en question? Doit-il faire avec la réputation de l’entreprise et tenter de l’améliorer ou bien doit-il l’ignorer et repartir sur de nouvelles bases? Pour se faire respecter par les employés en place, doit-il tout bouleverser ou bien ajouter du ruban adhésif sur ce qui semble brisé le temps de trouver une alternative?
Habituellement, ni vous ni moi n’avons l’occasion de choisir le patron.
Ces jours-ci, nous ne pouvons pas en dire autant des militants libéraux ou caquistes. Ces prochaines semaines, les membres de la CAQ seront appelés à se prononcer sur le choix de leur nouveau chef. Quant à eux, les membres de la formation libérale ont eu à se prononcer sur le choix de leur nouveau chef, Charles Milliard.
Certains l’attendent avec une brique et un fanal. D’autres l’attendent en sauveur.
L’encre des bulletins de vote avait à peine séché, que Charles Milliard disait qu’« à partir de maintenant, ça va se passer à ma façon ». Ç’a le mérite d’être clair, transparent et sans ambiguïté.
Ça peut choquer, provoquer, bousculer, mais le nouvel occupant annonce déjà ses couleurs et ses priorités. Toutefois, la demeure a déjà été incendiée à plusieurs reprises; les assureurs sont frileux; les inspecteurs sont aux aguets; et les détracteurs sont prêts à scruter chaque geste du nouveau chef libéral.
Le défi est de taille pour les libéraux, mais il l’est encore plus pour leur nouveau chef.
On a beau dire qu’il faut aimer la politique pour se jeter dans l’arène comme M. Milliard vient de le faire, mais il faut aussi une certaine résilience pour affronter les controverses qui ont marqué ce parti depuis de nombreuses années.
Le dossier Marwa Rizqy, les élections automnales qui approchent à grands pas, la corruption, la partisanerie, les enveloppes brunes, les brownies, les campagnes de financement, les allégations de fraudes et d’ingérences; les accusations à l’encontre du précédent chef, les divers projets de loi devant les instances judiciaires, le projet de loi n° 9, le projet de loi n° 1, la loi constitutionnelle de 2025, la loi 21, la loi 89, la loi 96, la population anglophone et les cégeps anglophones, et ses propres dissidents : ce sont là quelques-uns des défis qui attendent le nouveau chef du Parti libéral du Québec.
Alors que les militants sont en place, que l’aile jeunesse est en place, que la députation est déjà en selle, le PLQ s’est doté d’un nouveau chef n’ayant jamais occupé cette fonction et n’ayant aucune expérience en politique. Sans rien enlever à la feuille de route de M. Milliard, son premier défi sera de réussir son entrée en fonction. S’il est vrai qu’il était en contrôle de ses dossiers et de son équipe comme président de la Fédération des chambres de commerce du Québec, tout est à refaire comme homme politique.
Les 100 premiers jours de son règne seront déterminants pour diagnostiquer la culture de son parti, instaurer la confiance et définir une vision claire pour le Québec. M. Milliard le sait, les membres de son parti le savent, l’opposition le sait, et ses détracteurs l’observent attentivement.
Un nouveau chef, un nouveau dirigeant, un nouveau patron doit à la fois savoir gérer les attentes de ses employés ou membres et ses propres attentes.
Le succès de M. Milliard dépend de son habileté à trouver l’équilibre entre sa compréhension des enjeux et des rouages politiques et la vigilance des opposants présents dans son propre parti.
Sa victoire lors de la course à la chefferie était prévisible compte tenu du contexte. La population québécoise risque d’être beaucoup plus exigeante que les membres du PLQ lors du congrès de la fin de semaine dernière.
Le 6 octobre prochain, M. Milliard aura une vraie opposition et devra convaincre les électeurs qu’il représente un choix crédible pour l’avenir du Québec.