Des élections de mi-mandat cruciales
ANALYSE. L’année 2026 est cruciale pour les États-Unis, mais aussi pour le Canada. Le 3 novembre, les élections de mi-mandat détermineront si Donald Trump se maintiendra au pouvoir, s’affaiblira ou deviendra un canard boiteux. Toutefois, il ne faut pas non plus exclure la possibilité que le président tente de perturber des scrutins pour renforcer son pouvoir.
En ce moment, les républicains contrôlent le Congrès à Washington, soit la Chambre des représentants et le Sénat. Mais dans les deux cas, leur majorité est relativement mince: 220 sièges contre 215 à la Chambre, 53 sièges contre 47 au Sénat.
Dans cette configuration, Trump a beaucoup de pouvoir, d’autant plus que les républicains au Congrès ne contestent pas l’autorité du président, même s’ils peuvent le faire en vertu de la séparation des pouvoirs dans le système politique américain.
Aux États-Unis, les élections de mi-mandat se tiennent toujours entre deux élections présidentielles. Les premières ont eu lieu en 1790-1791, au milieu du premier mandat de George Washington, commandant en chef et héros de la guerre d’indépendance (1775-1783).
Les élections de mi-mandat n’ont jamais été annulées ou reportées, malgré la guerre civile (scrutin en 1862), la pandémie de grippe espagnole (scrutin en 1918) ou la Deuxième Guerre mondiale (scrutin en 1942), selon des sources officielles.
En novembre, tous les 435 sièges de la Chambre des représentants et le tiers des 100 sièges du Sénat (donc 33 ou 34) sont à renouveler. Les représentants sont élus pour un mandat de deux ans (leur nombre dans un État est proportionnel à la population), tandis que les sénateurs le sont pour six ans (deux par État, peu importe la population).
Pourquoi les élections en novembre sont-elles cruciales pour nos entreprises? Parce qu’elles détermineront si la guerre tarifaire se poursuivra et si l’incertitude s’atténuera pour plusieurs industries qui brassent des affaires des deux côtés de la frontière.
En fait, quatre scénarios sont sur la table, accompagnés d’une estimation improbable, possible, probable et à ne pas exclure pour chacun d’entre eux.
1 Les républicains gardent les deux chambres (improbable)
Trump maintient son pouvoir et peut poursuivre ses politiques. Le cauchemar continuerait pour nos entreprises. Ce scénario est improbable pour une raison fondamentale: depuis 1946, le parti du président a toujours perdu la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat, écrit Robert A. Strong, professeur à l’Université de Virginie, dans une analyse publiée le 19 janvier dans The Conversation.
2. Les républicains perdent une des deux chambres (probable)
Trump est affaibli et est restreint dans la poursuite de ses politiques. Une bonne nouvelle pour nos entreprises, car une trêve tarifaire serait alors envisageable. Ce scénario est probable en raison de l’impopularité de Trump, également auprès des républicains classiques et modérées. En février, le taux de désapprobation du président était de 56%, selon le magazine The Economist. De plus, des sondages prévoient une victoire des démocrates à la Chambre des représentants, selon le consensus du site 270toWin.com.
3. Les républicains perdent les deux chambres (possible)
Trump devient un canard boiteux et ne peut plus faire grand-chose sur le plan politique. C’est Noël avant le temps pour nos entreprises, même si l’élimination totale des tarifs douaniers serait très surprenante.
Ce scénario est possible si l’on combine les éléments mentionnés plus haut (précédents historiques depuis 80 ans, taux de désapprobation élevé, sondage en faveur des démocrates), sans parler d’une prise de conscience par une majorité d’Américains que l’autoritarisme de Trump est allé beaucoup trop loin.
4. Trump perturbe les scrutins pour garder le Congrès (à ne pas exclure)
Les États-Unis seraient alors en rupture avec leur tradition démocratique depuis la fin du 18e siècle.
Même si ce scénario est très improbable, il ne faut pas l’exclure. Dans un balado diffusé le 2 février par Dan Bongino, un ancien directeur adjoint du FBI nommé par Trump, le président a appelé le parti républicain à «nationaliser» (en fait, à fédéraliser) le processus électoral aux États-Unis, qui relève des États et non du fédéral, rapporte le New York Times.
Le président a exhorté les responsables républicains à «prendre le contrôle» des procédures de votes dans 15 États, sans toutefois les nommer. Mais on peut présumer qu’il a en tête des États démocrates…
Il ne faut pas non plus exclure la possibilité que Washington évoque l’Insurrection Act, une loi qui permet de recourir à l’armée régulière lors d’émeutes — le président républicain George H.W. Bush l’a fait en 1992 lors des émeutes à Los Angeles, qui ont fait 63 morts.
Trump pourrait alors tenter d’encadrer ou de suspendre des scrutins dans des districts démocrates jugés agités et au bord de l’émeute, notamment à Minneapolis, au Minnesota, où la police de l’immigration ICE a récemment tué deux citoyens américains.
Or, lors des élections de mi-mandat en 2022, les districts 2,3,4 et 5 de la grande région de Minneapolis ont tous été remportés par des démocrates.
Les élections de mi-mandat du 3 novembre sont existentielles et historiques pour les Américains et pour nous. Maintenant, mais aussi en prévision de l’élection présidentielle de novembre 2028, si elle peut encore se tenir normalement.
