Avez-vous la bonne stratégie pour réduire vos impôts?

EXPERT INVITÉ. La saison des impôts qui bat son plein revient chaque année avec son lot de réflexes bien ancrés. Vous cherchez toutes les déductions possibles, vous maximisez les crédits, vous vous assurez de ne rien oublier.

En un mot, vous optimisez.

La fameuse optimisation, ce mot galvaudé. C’est bien de sauver de l’impôt, en le réduisant au maximum chaque année, mais lorsque vous y réfléchissez, optimisez-vous votre situation financière?

La nuance est importante. Et elle est souvent mal comprise.

Quand vous optimisez votre déclaration de revenus, vous jouez avec ce qui est déjà arrivé. Vos revenus sont gagnés, vos décisions sont prises — même des décisions à retardement comme des cotisations à votre REER au début de l’année suivante —, et il reste à en minimiser les répercussions fiscales.

C’est utile. Mais c’est, il faut l’avouer, un peu limité.

Optimiser votre situation financière, c’est une autre histoire.

C’est décider, en amont, comment structurer vos revenus, vos placements, vos dépôts et retraits. C’est choisir entre votre REER, votre CELI, vos comptes non enregistrés et, si vous êtes en affaires, un des trois types de dividende. C’est déterminer le moment où vous décaissez, la nature des revenus que vous générez, et l’ordre dans lequel vous utilisez vos ressources.

Autrement dit, c’est une question de stratégie à long terme. Oui, le rapport d’impôt, mais encore!

Si vous consultez votre comptable ou votre fiscaliste pour réduire votre facture fiscale, il pourra vous proposer des stratégies pour minimiser vos impôts cette année: s’assurer que votre revenu imposable est suffisant pour ne pas «laisser de crédits sur la table», vérifier que vos frais de garde puissent effectivement être déduits, déterminer qui, dans la famille, devrait réclamer les frais médicaux…

Mais tout cela ne touche qu’un seul calcul d’impôt. Et certaines décisions ont des effets qui dépassent largement l’année en cours.

La vraie question devient donc la suivante: devez-vous réduire vos impôts au maximum cette année… Quitte à en payer davantage plus tard?

Ou, à l’inverse, devriez-vous accepter de payer un peu plus d’impôt aujourd’hui pour en payer moins dans le futur?

La réponse n’est pas simple. Elle dépend de votre situation, de votre horizon et, surtout, de l’interaction entre vos décisions au fil du temps. Pour y voir clair, il faut recourir à des outils de projection capables d’illustrer différents scénarios sur plusieurs années.

Décider aujourd’hui du niveau de salaire ou de dividendes que vous vous versez peut avoir des conséquences à long terme, notamment sur votre rente de retraite du RRQ. Ces effets peuvent être beaucoup plus importants que les économies fiscales immédiates.

De la même façon, choisir d’accumuler de l’argent dans un REER ou dans un CELI n’est pas neutre. Pour certaines personnes, notamment celles aux revenus plus modestes, ce choix peut se répercuter sur l’accès à des programmes comme les suppléments fédéraux à la retraite.

Autrement dit, une décision fiscalement avantageuse aujourd’hui ne l’est pas nécessairement dans une perspective globale.

C’est là que l’optimisation prend tout son sens.

Optimiser, ce n’est donc pas seulement réduire l’impôt de l’année en cours. C’est structurer ses décisions de façon cohérente dans le temps, en tenant compte des effets croisés, des règles fiscales et de ses objectifs.

Parce qu’au bout du compte, payer moins d’impôt cette année est relativement simple.

Prendre les bonnes décisions pour en payer moins sur l’ensemble de votre vie, c’est là que se trouve la véritable optimisation… Et le véritable défi! Bonne déclaration de revenus!


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