Le nucléaire, une énergie coloniale |
Alors que le Conseil fédéral, sous l’influence d’Albert Rösti et de l’UDC, poursuit avec zèle son projet de relancer le nucléaire tout en obtenant l’achat de nouvelles centrales électriques alimentées au gaz, le débat public reste centré sur la sécurité d’approvisionnement et les émissions de CO2. Bien que ces préoccupations soient pleinement fondées, elles ne doivent pas occulter le fait que l’uranium et le gaz sont à 100% importés du Sud global, générant de lourdes pollutions qui empoisonnent le vivant partout où l’extraction a lieu.
Comme le souligne l’ouvrage collectif Atlas de l’uranium (2022), «l’exploitation minière de l’uranium ne peut être séparée du colonialisme systémique». Si cette dynamique a historiquement alimenté les programmes nucléaires occidentaux entre 1940 et 1980 via des colonies ou ex-colonies, elle perdure aujourd’hui sous la forme de «colonies domestiques». C’est le cas au Canada, où l’uranium provient «des terres indigènes des Dénés, terres que ces dernier·ières n’avaient jamais cédées et où, aujourd’hui encore, ils et elles subissent les effets de son exploitation».1> Atlas mondial de l’uranium. Rosa-Luxemburg-Stiftung, Berlin, et Réseau Sortir du nucléaire, Lyon. (2022). www.sortirdunucleaire.org/Atlas-mondial-de-l-uranium jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4550623_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4550623_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });
L’imposture d’une souveraineté sous dépendance. L’uranium utilisé dans les centrales nucléaires suisses provient majoritairement du Kazakhstan, premier exportateur mondial. A cela s’ajoute l’étape cruciale de l’enrichissement du minerai d’uranium: la Russie détient près de la moitié des capacités mondiales d’enrichissement, faisant de la Suisse un cofinanceur de la guerre de Poutine en Ukraine. Les réacteurs de Beznau (AG) fonctionnent d’ailleurs à 100% avec de l’uranium enrichi en Russie.
Loin de l’image idyllique d’une énergie souveraine louée par une UDC peu naïve mais très cynique, le nucléaire repose sur une chaîne globalisée dont les maillons sont des régimes autoritaires et corrompus. La Suisse se retrouve ainsi prise entre le marteau et l’enclume: d’une part, elle se place sous la dépendance de Moscou; de l’autre, elle entretient des régimes corrompus du Sud global qui maintiennent leurs populations dans la soumission économique et la pollution chronique. Dans la plupart des pays d’extraction, l’uranium est extrait par injection d’acide sulfurique (lixiviation in situ), contaminant les nappes phréatiques, diffusant du radon dans la nature. Cela ne semble pas émouvoir M. Rösti. Mais nous, voulons-nous vraiment d’une Suisse qui maintient des territoires dans un état de subordination tout en remplissant les poches de régimes corrompus, sans aucun bénéfice pour le développement des pays d’exportation?
Choisir le nucléaire, ce n’est pas choisir l’indépendance. C’est financer un régime autoritaire que la Suisse sanctionne par ailleurs; c’est perpétuer un système fondé sur un extractivisme bon marché dont les........