Hospital |
C’est l’après-midi et nous remplissons à nouveau le camion de nourriture que nous irons distribuer là où, la veille, nous étions allés remplir nos poubelles. Nous sommes avertis, la foule y est souvent nombreuse. Nous empruntons les mêmes chemins. Une autre association est là qui propose une douche. Une douche pour des centaines de personnes. Les bénévoles font avec ce qu’ils ont et que l’Etat refuse d’offrir. Il a pourtant été condamné par les tribunaux pour ça, mais n’en a cure.
Certains se frottent les cheveux avec ce qui semble être une poudre antiparasitaire. Même chorégraphie qu’à midi au Parking. Cantoche sur les tables, thé, eau et en rabe houmous, oignons et épices. Il n’y a là que des hommes, jeunes ou très jeunes pour la plupart. Certains jouent au foot devant les latrines, manière ludique de se réchauffer. Sortie de son nulle part, la plèbe afflue et forme une queue patiente. Karl, toujours dans son élan désespéré, répète son sempiternel «welcome Sir», sa manière so british d’essayer de donner une dignité à ces gamins jetés dans la fange parce qu’ils ne sont pas nés dans le bon quelque part. Les mêmes merci, thank you, shukran qu’à midi. La même question: «ruz?», la même réponse: «Sorry, no rice today guys, la ruz el yaoum ya shabab.1» 1>Ruz: riz; La ruz el yaoum ya shabab: «Pas de riz aujourd’hui, les gars»........