«Rendre l’écologie irrécupérable» |
Dans son précédent livre1> N. Bonanni, Que défaire? Pour retrouver des perspectives révolutionnaires, Le monde à l’envers, 2022. jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4552505_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4552505_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });, Nicolas Bonanni rappelait aux militant·es anticapitalistes la nécessité d’une pensée critique vis-à-vis de l’Etat et de la technique, outils de puissance des classes dominantes. Dans son nouvel essai L’écologie, révolutionnaire par nature2> N. Bonanni, L’écologie, révolutionnaire par nature, Le monde à l’envers, 2025. jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4552505_1_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4552505_1_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], }); (2025), l’auteur grenoblois invite les mouvements écologistes à réinvestir l’autonomie et l’attention. Face à la dépolitisation de l’écologie et à l’emballement productiviste actuels, il juge urgent de revenir aux racines du combat: pour lui, l’écologie politique reste le moteur d’une rupture indispensable avec le capitalisme et toute forme de domination.
Dans ton livre, tu pars de l’hypothèse que la polysémie du terme «nature» permet une récupération de l’écologie (entendue comme défense de la nature) par des courants idéologiques opposés…
Nicolas Bonanni: J’entends par nature l’ensemble des choses physiques qui existent, vivantes ou non, en dehors des transformations que l’être humain y a produites. Historiquement, le capitalisme marchandise les phénomènes naturels, les détruit en partie, et cherche à les remplacer par des dispositifs artificiels, jugés plus «contrôlables». Ces deux dernières décennies, sous couvert de «capitalisme vert», on assiste à un double mouvement: un discours sur la «dématérialisation», la «transition» et l’«écologie» qui masque une exploitation accrue des ressources (des éoliennes industrielles au coût environnemental du numérique). Bien qu’il tire sa puissance des forces naturelles, le capitalisme nie la nature et prétend la dépasser.
Mais divers mouvements politiques investissent la nature d’attributs différents. Il existe ainsi une pseudo «écologie» de droite, voire d’extrême droite, inspirée par un respect religieux de la nature. Au nom de cette «écologie», certain·es se présentent comme des opposant·es à la déferlante productiviste. En réalité, ils et elles voient dans la nature un ordre qui régit le monde. Evidemment, cet ordre est avant tout social et, sous couvert de «naturalité», bien souvent hiérarchique et traditionaliste. Les partisan·es de cette option en appellent souvent à l’autorité, à la nation, aux valeurs et aux «Grands Hommes» pour s’opposer à des évolutions jugées «contre-nature». Je montre dans le livre comment cette «écologie» autoritaire et liberticide détourne les idées fondatrices de l’écologie politique.
Il faudrait aussi mentionner l’«écologie» postmoderne qui prétend simultanément que «nous sommes la nature qui se défend» et que «la nature n’existe pas». Suivant l’anthropologue Philippe Descola, une partie de l’extrême gauche préfère se........