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Un jeune désespoir

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20.06.2022

Ce n’était pas ma première conférence sur le climat dans un lycée. En 2019, j’ai été invité par les grévistes du climat genevois à faire le tour des lycées le matin de leur première grève. J’y suis allé, avec un ami, faisant la course sur nos vélos d’école en école, autant que nous pouvions en atteindre durant la matinée. A l’époque, l’ambiance était électrique, enthousiaste, engagée. Les étudiant·es avaient pris le contrôle: iels allaient mettre leurs préoccupations et les besoins de leur génération au premier plan. Iels allaient tout faire bouger. Iels ont posé de nombreuses questions: sur la science du climat, les projections, les impacts, les actions. Tout le monde était enthousiaste à l’idée de participer et d’apprendre.

Trois ans (et une pandémie) plus tard, l’ambiance n’aurait pas pu être plus différente. Je l’ai senti pendant que je parlais. Un murmure général dans l’auditorium rempli de jeunes de 16 et 17 ans, qui s’atténuait parfois un peu, mais ne disparaissait jamais vraiment. Je pensais peut-être que les sujets spécifiques dont je parlais ennuyaient les étudiant·es. Les sources d’émissions, les tendances, les probabilités d’impacts spécifiques, les types de mesures d’atténuation… Je suis passée de sujet à sujet, en espérant en trouver un qui les intéresserait. Et à la fin, pendant les questions-réponses, le problème central est finalement sorti au grand jour.

Une étudiante a pris le micro, et l’a gardé. Ses questions sont venues, rapides et claires, et ont été largement applaudies par ses pairs. Elle était clairement en train d’exprimer le sentiment dans la salle. De mémoire, voici de certaines de ses questions.

• «Pourquoi êtes-vous venue faire cette conférence? Nous ne pouvons rien faire. Seuls les politiciens, seuls les chefs d’entreprise peuvent apporter les grands changements dont vous parlez. Pourquoi ne leur parlez-vous pas?»;

• «Pourquoi nous parlez-vous d’optimisme [je n’en avais pas parlé, en fait, mais peut-être ma présentation avait-elle été annoncée comme telle?] et d’actions possibles, alors que nous savons tous que rien de tout cela ne sera mis en œuvre?»;

• «Toutes les personnes au pouvoir connaissent ce problème depuis si longtemps. Et pourtant, le GIEC sort rapport après rapport, expliquant que nous devons agir en quelques années seulement – et rien ne se passe, rien ne change. Pourquoi pensez-vous que la conférence que vous nous adressez peut faire bouger quelque chose?».
J’ai répondu du mieux que j’ai pu – certainement pas très bien. Je me suis rendu compte que les temps avaient changés, et que les jeunes de 16 ans d’aujourd’hui se trouvaient dans un moment bien au-delà de celui où se trouvaient celles et ceux de 2019. Leur état d’esprit était celui d’une frustration et d’une trahison profondes. Pessimisme, voire désespoir,........

© LeCourrier


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