Berbiguier, Trump et les farfadets

En 1821, un petit bourgeois d’Avignon, Alexis Charles Berbiguier de Terre-Neuve Du Thym, fit paraître trois ouvrages d’affilée relatant les malheurs de son entière existence. Ses souffrances débutèrent quand, jeune adulte, il se fit tirer les cartes du tarot par deux femmes qu’il qualifie de démoniaques et qui, justement, le mirent, à la suite de cette opération, sous la coupe de démons aux incarnations multiples, qu’il nommera les farfadets. Edités à compte d’auteur, ses ouvrages, au lectorat plus que confidentiel, constituent un sommet de littérature paranoïaque. Les farfadets sont à l’origine non seulement de tous les maux de Berbiguier, mais aussi de ceux l’humanité entière. Relisant l’Histoire comme l’actualité sous son prisme «farfadéen», Berbiguier livre un témoignage à la fois inquiétant et comique des obsessions qui peuvent imprégner certaines consciences humaines dans un contexte temporel et politique donné. Car Berbiguier fait paraître ses livres en plein «backlash» post-époque des Lumières, au cœur de la restauration bourbonne de Louis XVIII.

L’avènement des Lumières voyait le triomphe de la raison sur la superstition, la victoire des avancées........

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