«Trump entre dans l’étape du bunker»

Spécialiste du fascisme et des dirigeants autoritaires, Ruth Ben-Ghiat, professeure à l’Université de New York, sera de passage à Genève le 9 octobre pour recevoir le titre de docteure honoris causa de l’université de Genève. Son dernier ouvrage, Strongmen: Mussolini to the present, examine la manière dont les régimes autoritaires utilisent la propagande, la virilité, la corruption et la violence pour se maintenir au pouvoir et la façon de les combattre. Entretien.

Alors que les régimes autoritaires progressent au point de gouverner près de 70% de la population mondiale1> Selon une estimation de l’ONG étasunienne Freedom House citée en cours d’entretien par l’historienne. jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4571470_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4571470_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });, vous constatez qu’une vulnérabilité critique se dessine pourtant pour ces systèmes. Laquelle?

Ruth Ben-Ghiat: Nombre de ces dirigeants autoritaires ne sont plus tout jeunes, à l’image de Vladimir Poutine, de Donald Trump ou encore de Xi Jinping. Et aucun d’entre eux n’aime parler de succession. Cela affaiblit le culte de la personnalité. L’autoritarisme, sous cette forme, n’est donc pas viable. Ces systèmes sont peut-être à leur apogée et nous pourrions bientôt assister à une crise de l’autoritarisme, quand ces dirigeants seront trop âgés pour gouverner.

Quels sont les signes d’une démocratie qui commence à glisser vers un régime autoritaire?

L’objectif d’un dirigeant autoritaire est d’accumuler assez de pouvoir pour se mettre en sécurité et pour s’enrichir personnellement, ce qui commence souvent par la mainmise sur le Département de la justice. Les autres signes incluent la délégitimation des élections quand elles ne sont pas favorables, le contrôle des médias pour semer le doute et, en cas de défaite, le refus de quitter le pouvoir. Cela peut passer par la violence et une tentative de coup d’Etat, comme l’ont fait l’ancien président du Brésil Jair Bolsonaro et Donald Trump.

Quelle est la différence entre l’attaque du Capitole du 6 janvier 2020 et la tentative de coup d’Etat de Jair Bolsonaro?

Le Brésil a l’«avantage» d’avoir souffert d’une dictature militaire sanglante instaurée par un coup d’Etat en 1964. Alors quand Jair Bolsonaro, après avoir perdu les élections en 2023, a essayé de commettre son propre coup de force, la population et les institutions savaient exactement ce qui était en jeu et ne voulaient manifestement pas que l’histoire se répète. Arrêté et jugé, Jair Bolsonaro est désormais en prison. Aux Etats-Unis, cela ne s’est pas du tout passé ainsi. Pourtant, Donald Trump a menacé des responsables des élections dans l’Etat de Géorgie pour qu’ils changent les résultats des urnes, il a incité à l’assaut du Capitole, il a sorti toute la panoplie de l’apprenti dictateur pour rester au pouvoir. Et, malgré tout, il a pu se représenter aux élections suivantes et les gagner, grâce au soutien du Parti républicain. Il se retrouve à la Maison-Blanche au lieu d’être en prison. Parce que les........

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