Racisme: transformer la crise en levier |
Face au racisme systémique, le dialogue est une urgence. Mais comment dialoguer lorsque la méfiance domine? Présidente de l’association Safro [engagée dans la lutte contre le racisme systémique], passée par la recherche à l’ONU, j’étudie autant que je vis de l’intérieur les dynamiques de changement structurel et de transformation de conflits depuis des années. A Lausanne, l’actualité récente vient de nous livrer un cas d’école. L’ouverture de la Semaine d’actions contre le racisme, le 16 mars, a en effet été marquée par de vives tensions.
Au cœur de la discorde, la soirée inaugurale intitulée «Racisme et police: ouvrons le dialogue», à laquelle je participais en tant qu’intervenante. Pour les institutions, il s’agissait d’un geste d’ouverture; pour plusieurs collectifs, dont la Coalition romande antiraciste (CORA), cette soirée cumulait trois problèmes: l’utilisation d’un espace symboliquement réservé aux personnes touchées par le racisme, un format qui inversait le rapport en laissant la police initier le dialogue, et l’absence de consultation préalable de certains collectifs dans la conception même de l’événement.1>Voir aussi Gilles Labarthe, «Contre le racisme au sein de la police», Le Courrier du 18 mars 2026, ndlr. jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4554432_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4554432_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], }); L’annonce a généré une réaction immédiate: critiques, mobilisations en ligne et manifestations devant la salle. Pourtant, le fait que certain·es contestataires aient tout de même choisi d’entrer pour participer souligne le paradoxe de l’activisme. Le dialogue y est perçu à la fois comme une nécessité absolue et comme une menace; la crainte étant que la parole des personnes concernées soit récupérée pour servir une opération de communication institutionnelle, normalisant ainsi les violences qui s’y opèrent.
A la lumière de ce terrain lausannois et de mes recherches sur les changements systémiques dans des contextes de ruptures profondes comme l’apartheid, cette crise pose une question fondamentale. Le conflit est-il forcément une impasse, ou peut-il devenir le moteur nécessaire d’un changement plus profond, bénéfique pour toutes et tous?
Le conflit: rupture ou moteur de transformation?
Dans l’histoire des luttes sociales, le conflit n’est jamais un accident: c’est souvent la condition même du changement, l’étincelle qui rend visibles des injustices enfouies. Mais pour être productif, ce conflit doit faire bouger les lignes. Il doit circuler.
Lorsqu’il se fige en une succession de prises de position opposées, sans circulation réelle entre les points de vue, le débat se transforme en un «ping-pong» stérile dont la mécanique est tristement prévisible. A chaque nouveau........