Pas de «tailgate» à la Coupe du monde, l’occasion ratée de la FIFA
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Aux Etats-Unis, pays qui organisera 78 des 104 rencontres de la prochaine Coupe du monde de football (du 11 juin au 19 juillet, avec le Mexique et le Canada), les stades sont construits en périphérie, comme les centres commerciaux, et ils ont la même fonction: ce sont des lieux de consommation et de divertissement. Quel que soit le sport, on y passe du temps avant, pendant et après le match. Notamment sur les parkings, où les fans sortent les glacières et les barbecues, coffres ouverts ou à l’arrière des pick-up. Les Américains appellent cela «tailgate party» («la fête du hayon») et c’est pour eux une véritable culture.
Dans bien des villes, le tailgating sera interdit pour des raisons officiellement de sécurité, qui ont sans doute plus à voir avec le fait que les parkings rapportent beaucoup de dollars, que leurs tarifs vont augmenter, qu’il y a un intérêt à y caser le plus de voitures possible, et que le périmètre des stades sera sous le contrôle de la FIFA et de ses partenaires économiques, au rang desquels des vendeurs de boissons et de burgers.
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La FIFA n’a pas l’apanage de la standardisation des stades et des événements sportifs. En 2008, le CIO avait fait disparaître tous les petits vendeurs de nourriture de rue des alentours du «Nid d’oiseau» de Pékin pour leur substituer des stands officiels où des barquettes sous cellophane étaient réchauffées par réaction chimique. Un même non-sens culturel, avec le même risque de n’être plus qu’un vaste cirque itinérant et neutre, déployant partout le même décor et les mêmes effets.
Ce tailgate gate, c’est le regret d’une pratique interdite, qui aurait pu enrichir non pas les organisateurs mais les spectateurs, comme le Mundial 1986 a donné la ola mexicaine aux stades du monde entier. Au lieu de ça, nous goûterons à la tarification dynamique qui fait exploser les prix des tickets, à leur revente sur laquelle la FIFA perçoit un pourcentage, aux premières fan-zones payantes, à des «pauses fraîcheur» qui permettront de diffuser des publicités durant les matchs (même ceux où il ne fera pas chaud), à un concert du groupe Coldplay à la mi-temps de la finale, comme au Super Bowl.
«Le football mondial vit quatre ans avec l’argent gagné pendant un mois», a rappelé Gianni Infantino. Mais parce que sa popularité électorale est indexée au montant qu’il reverse aux 211 associations membres, le président de la FIFA n’en a jamais assez, alors que les revenus du football n’ont jamais été aussi élevés. Ce sont les supporters qui en payent le prix, voyant s’estomper la culture, la convivialité, l’universalité.
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