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Des mots aux actes. L’extrême droite et la « théorie du Grand Remplacement »

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18.05.2022

Charlottesville (États-Unis), Christchurch (Nouvelle-Zélande), El Paso (États-Unis), et il y a quelques jours Buffalo (États-Unis), ces lieux ont été le théâtre d’attaques terroristes d’extrême droite visant des personnes racisées toutes inspirées de la théorie du complot du « Grand Remplacement ». Son narratif est simple : il existerait « en Occident » une stratégie de remplacement de la population dite « de souche » par une population immigrée, ce qui mènerait à terme à la disparition des « personnes blanches ». Cette théorie du complot est considérée comme dominante dans les milieux d’extrême droite car elle bénéficie entre autres d’une stratégie de diffusion à grande échelle par de nombreux acteurs d’une extrême droite internationalisée et toujours plus interconnectée.

On le sait, les théories du complot ont un effet productif, c’est-à-dire qu’en plus d’exprimer un simple discours, elles façonnent une perception du monde et structurent des interprétations d’événements. Loin d’être bénins, les effets de la « théorie du Grand Remplacement » peuvent mener à des violences extrêmes comme celle dont nous avons été témoins à Buffalo il y a quelques jours. Comme face aux nombreuses autres théories du complot, il semble donc utile d’éviter une posture sourde rejetant simplement sa logique narrative au bénéfice d’une approche critique et réflexive sur ses origines et ses implications dangereuses lorsque les mots se transforment en actes chez ses partisans.

Cette crainte d’un remplacement d’une population par une autre s’inscrit dans une histoire longue que l’on peut faire remonter au moins au tournant du XXe siècle dans l’Europe coloniale. En effet, de nombreux auteurs comme Émile Driant utilisent le roman d’anticipation afin de romancer la crainte commune des colons d’un déclin militaire futur qui pourrait mener à une inversion des rapports de forces coloniaux et à une invasion des populations (anciennement) colonisées. On retrouve ensuite tout au long du XXe siècle ces mêmes manifestations d’une crainte de l’invasion du continent par des populations non-européennes sur fond de supposées luttes civilisationnelles.

Sans s’attarder sur la période nazie lors de laquelle d’autres narratifs ont été mis en avant pour parler des mêmes thèmes, c’est particulièrement après la Seconde Guerre mondiale qu’un discours similaire à celui de la « théorie du Grand Remplacement » réapparaît, exacerbé par les........

© Le Temps


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