Jean Garrigues : « Ce qui distingue les droites, plus que l’idéologie, c’est le poids de l’histoire » |
« La droite la plus bête du monde ». Qui suit la politique de près ou de loin a déjà entendu cette sentence, qui trouve un écho particulier en cette période d’élections municipales. Dans plusieurs villes de France, les listes « divers droite », celles de centre-droit façon Horizons, la droite conservatrice de type Les Républicains (LR) et les droites dites « extrêmes » comme le Rassemblement national (RN), voire Reconquête, ont échoué à s’unir dès le premier tour et n’y parviennent parfois pas davantage au second, au risque de laisser filer des mairies pourtant gagnables.
Pourquoi les droites françaises - au sens très large - partent-elles divisées ? La question est vieille comme l’existence de la droite elle-même, mais elle interpelle aujourd’hui plus qu’hier alors que la gauche dite de « gouvernement » scelle dans de nombreuses villes des accords avec La France insoumise.
À partir de ce scrutin municipal, l’historien spécialiste de la politique Jean Garrigues analyse les raisons nombreuses, et surtout électoralistes de ces divisions intestines. Entretien.
Le Point : Paris, Bordeaux, Menton… Les divisions à droite vont-elles lui coûter des mairies ?
Jean Garrigues : C’est évident. À Marseille, si Martine Vassal (Les Républicains) avait trouvé un accord avec Franck Allisio (Rassemblement national), lui-même originaire de LR, je pense qu’ils seraient en mesure de vaincre Benoît Payan. À Menton, la droite a déposé trois listes et c’est finalement le RN qui est arrivé en tête du premier tour. À Paris, la situation est différente parce que Rachida Dati, au fond, est condamnée à une alliance qui irait de la droite Reconquête (Sarah Knafo s’est désistée, NDLR) au centre-gauche, en partie couvert par la liste de Pierre-Yves Bournazel (Horizons), avec qui elle fusionne.
Pourquoi l’union des partis de droite est-elle si compliquée ?
Elle se heurte à de nombreux non-dits et préjugés, alors que la gauche, malgré des mois de déchirements, parvient à des accords surprenants. C’est le cas à Nantes, où Johanna Rolland accepte le soutien de La France insoumise, ou encore à Toulouse, où le candidat de gauche scelle une alliance controversée avec la formation mélenchoniste pour battre Jean-Luc Moudenc, issu de la droite.
J’y vois une donnée majeure et historique qui tient au « cordon sanitaire » que Jacques Chirac avait instauré entre les droites dites de « gouvernement » et l’extrême droite, c’est-à-dire aujourd’hui le RN et Reconquête. Cette........