Claire-Marie Le Guay et Erik Orsenna : « Chez Bach, il y a un lien constant entre le ciel et la terre » |
L’un, Erik Orsenna, est un écrivain bien connu, auteur d’une multitude de romans et de biographies, académicien et grand voyageur devant l’Éternel. L’autre, Claire-Marie Le Guay, est une pianiste de grande renommée, qui enchaîne les concerts (elle prépare une petite tournée aux États-Unis, en mai), les disques (le dernier, Bach, Écouter la lumière, est sorti début mars) et aussi les livres.
De leur rencontre a jailli un opus littéraire qui donne la pêche en ces temps obscurs. D’ailleurs, l’ouvrage s’intitule Que la joie demeure (Albin Michel) et il est consacré à Bach, le musicien qui tutoie le ciel. À partir de cette passion (terme « bachien » par excellence) commune, nous avons proposé à ces deux interprètes de la Vie de nous en dire plus l’un et l’autre sur leur relation au spirituel.
La musique vous a-t-elle permis de tisser un lien avec le spirituel ?
Claire-Marie Le Guay : C’est un élément fondamental qui passe avant tout par la relation au travail. La musique permet le dépassement de soi et un face-à-face avec soi-même que l’on partage ensuite avec le public. Il y a dans cette pratique une forme d’exigence absolue : le travail colossal de la répétition va bien au-delà de ce que l’on peut imaginer lorsqu’on entend une pièce aboutie.
Chaque concert est un nouveau point de départ. Il faut s’ancrer dans l’œuvre des compositeurs pour entrer dans cette dimension plus grande que soi. À travers ces chefs-d’œuvre, un lien se tisse entre les siècles et l’histoire des hommes ; on s’inscrit dans cette lignée avec la plus grande humilité.
La musique est-elle une école d’humilité ?
C-M. L.G : Bien entendu, ne serait-ce que parce que c’est un art éphémère. Évidemment, les enregistrements nous permettent de laisser des traces, mais en général, nous travaillons dans l’instantané, dans quelque chose qui ne reste pas. Être interprète, c’est passer une vie de recherche pour s’approcher au plus près de ce qu’a voulu le compositeur. C’est d’ailleurs ce qui est très beau quand on a la chance de pouvoir travailler directement sur des compositeurs contemporains.
Erik, diriez-vous que la musique de Bach vous apporte une élévation de l’âme ?
Erik Orsenna : Bach, c’est à la fois la structure et la liberté. Son univers répond à un ordre presque mathématique et, sur cette base, se développent les improvisations. C’est assez similaire........