La Chine, grande gagnante de la guerre d’Iran
De manière inattendue, la Chine va aborder le sommet entre Xi Jinping et Donald Trump, reporté à la mi-mai, en position de force. Pékin enregistre nombre de signaux d’alerte et de revers. La démographie poursuit son effondrement avec une fécondité limitée à un enfant par femme. L’économie reste enfermée dans la déflation en raison de l’interminable krach immobilier (80 millions de logements vacants), dont les autorités ont décidé de faire supporter tout le poids aux ménages. Avec pour effet de plomber la consommation et d’interdire tout rééquilibrage du modèle économique vers la demande intérieure.
En dépit d’un budget de la défense proche de 300 milliards de dollars par an, les équipements militaires chinois – aéronefs, radars, système de surveillance et de défense anti-aérienne – ont été pulvérisés par les forces américaines en Iran, comme au Venezuela en janvier 2026 et au Pakistan en mai 2025. Ceci contraint Xi Jinping à la prudence sur Taïwan et laisse planer la menace d’une décapitation du régime, contribuant à expliquer la purge de l’Armée de libération populaire. Les interventions américaines au Venezuela et en Iran ont par ailleurs souligné la dépendance de la Chine aux importations de pétrole, qui proviennent à 57 % du Golfe. Enfin, l’écrasement de l’Iran des mollahs, après celui du Venezuela chaviste, montre les limites de l’influence de Pékin tout en affaiblissant ses relais dans le monde.
L’égale des États-Unis
Pour autant, la Chine sort largement gagnante de la guerre d’Iran comme de la confrontation commerciale voulue par Donald Trump. Elle se positionne désormais non seulement comme rivale mais comme égale des États-Unis.
Après le sommet de Busan, qui avait vu les États-Unis battre en retraite sur les droits de douane à la suite de la riposte de Pékin sur les terres rares, le cessez-le-feu, les négociations engagées entre Washington et Téhéran – même si elles ont été suspendues à Islamabad –, puis le blocus d’Ormuz actent tant l’impasse stratégique des États-Unis que l’influence grandissante de la Chine.
Après les sanctions et les droits de douane, la Chine a fait la démonstration de sa résistance aux chocs et de sa capacité à gérer ses dépendances. Elle a parfaitement neutralisé le choc pétrolier grâce à ses gigantesques stocks stratégiques (deux cents jours de consommation), mais surtout à sa stratégie de sécurité énergétique fondée sur la réduction des importations de pétrole – ramenées de 70 à 45 % – et sur l’électrification, donnant la priorité aux énergies bas carbone. Le solaire et l’éolien dépassent désormais le charbon et comptent pour 38 % de la production. Ceci renforce l’ultracompétitivité de l’industrie chinoise et son leadership dans les filières de la transition écologique, des biens d’équipement ou de la santé.
La guerre d’Iran, à travers le choc pétrolier et le blocage du détroit d’Ormuz, accélère par ailleurs la montée en puissance de la Chine dans l’économie et les échanges mondiaux. La dédollarisation progresse rapidement, notamment dans le domaine énergétique, au profit du yuan et des cryptomonnaies – avec pour symbole le péage envisagé par l’Iran pour les navires traversant Ormuz. À terme, le recul du dollar renchérira et compliquera le financement de la gigantesque dette publique américaine, qui atteint 140 % du PIB.
Dans le même temps, le monopole des États-Unis sur les voies maritimes, par lesquelles transitent 90 % des échanges en volume et 80 % en valeur, s’effrite : sur les douze détroits clés, Taïwan, Ormuz, Bab-el-Mandeb, Béring et le Bosphore échappent désormais à leur contrôle. Pékin s’impose, enfin, comme un pôle de stabilité face à l’imprévisibilité et aux errements de Washington, notamment auprès des pays du Sud, qui adhèrent massivement au multilatéralisme alternatif de l’empire du Milieu, contournant les institutions de Bretton Woods.
L’intransigeance de Pékin sur Taïwan
Face aux États-Unis enlisés en Iran, dont la présence militaire se trouve réduite à l’impuissance par l’absence de stratégie, la Chine reste intransigeante sur la réunification de Taïwan. Mais elle privilégie l’encerclement et l’étouffement de l’île sur l’option militaire, alliant soutien au Kuomintang et division des forces politiques favorables à l’indépendance.
Elle parie, de même, sur l’effondrement des États-Unis et de l’Occident, selon un processus comparable à la décomposition de l’Union soviétique. Donald Trump lui donne raison qui, en moins de deux ans, a corrompu et discrédité les institutions des États-Unis, miné leur influence, sapé leur puissance, ruiné leurs alliances, délégitimé leurs valeurs et fracturé le monde libre.
La guerre d’Iran confirme que l’Occident a perdu le monopole de l’histoire du monde et les États-Unis leur leadership. Avec la mondialisation, la Chine a retourné l’esprit du capitalisme contre les pays développés, qui ont cédé à la tentation de la rente et des profits spéculatifs de très court terme. À l’âge des empires, elle construit son leadership mondial en reprenant à son compte et en dirigeant contre lui-même ce qui fit le succès de l’Occident, et qu’il a abandonné : la raison dans la décision, la maîtrise dans l’usage de la violence, la capacité à anticiper et réassurer les risques.
